Beau récit historique :)

J'ajouterais que ces commutateurs (MT20 et 25) étaient équipés
d'ordinateurs Mitra 15, les CTI (minitel et annuaire) en étaient aussi
équipés.
On retrouvait aussi ce modèle dans les centrales nucléaires.

Cet ordinateur était conçu et fabriqué 100% en France, majoritairement
soutenu par la commande publique (CEA & administrations).

Puis les constructeurs ont trouvés qu'acheter du Mitra (de la CII)
était dommage (licence, prix, concurrence des constructeurs étrangers)
et que ça serait mieux de se sourcer en interne (souveraineté ?) il
était préférable de développer eux-même leur propre ordinateur, et ils
ont acheté du 68k.

Côté CII, à l'époque déjà se posait la question de la soutenabilité
des différentes gammes d'ordinateurs devant le peu de débouché en
France.

Côté souveraineté, l'important ne serait pas d'avoir plusieurs
fournisseurs plutôt que d'avoir sa propre copie ?

Jérôme

Le 26/03/2026 à 14:16, Stéphane Rivière via frnog a écrit :
Bonjour Jérôme,


supporter tout ça pendant les 20 ans qui viennent ? Trop cher.

Oui, c'est clairement "pacher" et chinois.

Hier, c'était indépendance et exportation.


L'exemple que tu cites (téléphonie publique) est pile dedans.

En 1970, on était inexistant avec le téléphone le plus pourri d'Europe.
Alors qu'on était très bons en R&D sur les centraux électroniques.

L'État a massivement investi mais il fallait trouver des sous.
Le téléphone est devenu un impôt (mais au moins des gens qui l'attendaient depuis 20 ans l'ont eu).
On installait jusqu'à un central par jour.
On a regroupé les constructeurs (Thomson téléphonie MT20 transit et MT25 abonnés dans Alcatel-CIT), les générations ont monté (E10N1/MT2x vers l'excellent E10B3, avec architecture remarquable - banalisation des cartes, réseau local token-ring). Alcatel, à la grande époque de la téléphonie temporelle, est même devenu 2e ou 3° constructeur mondial.

On installait aussi en URSS (avec des composants DIL au pas métrique 2,5mm au lieu de 2,54mm), obligé de redesigner la plupart des CI. En Chine, Corée du Nord (j'ai encore un livre de propagande plein de "Cher Dirigeant" et de "Grand Leader"), Amérique Latine, Afrique, etc.

Puis scandale Alcatel, privatisation (et destruction humaine et matérielle) du France Telecom historique, arrêt des études Alcatel à l'E10B3 HC2, l'intégration de l'ADSL au niveau des CSN n'aura pas lieu, la filière crève, Alcatel jette l'éponge, plan sociaux et usines fermées à la chaîne. Depuis 20 ans les "Agrumiers", très courageusement, se sont substitués à Alcatel pour maintenir à bout de bras un réseau figé depuis le début les années 90, restructuré autour d'une grande majorité d'E10B3 et de quelques AXE, et qui sera désormais "terminé" à l'orée de 2030.

On fut leader du marché. Trop cher d'être un leader ? Oui, si l'on songe à la "taxation" des français par le niveau délirant des factures de l'époque. Non, si l'on regarde les rentrées de devises et le rayonnement technologique.

Pour la téléphonie publique, l'essentiel des composants sortait d'usines françaises. Pour les pions de haut niveau, Thomson avait pris, de très longue date, des licences tous secteurs (civil/mili) Motorola sur leurs CPU, y compris 68000 et même 88000 RISC puis PowerPC avec IBM. Sur les HC2, de mémoire, il y avait une forte intégration,  avec des FPGA. Ils ont eu jusqu'à 5 usines en Asie pour réduire les coûts sur certains produits et cartes (pas le détail). Puis est venue l'époque très controversée Pierre Suard et la mode du Fabless (ah, les entreprises industrielles sans usines, c'était l'avenir, chez ces "grosses têtes"), puis le scandale des surfacturations (artificiel et exécutoire, c'était des subventions cachées payées par nos impôts).


Si France Telecom était resté public, Alcatel n'aurait pas pu
concurrencer Cisco, car pour financer la R&D il faut avoir en face un
gros marché et Fr est trop petit,

De 1980 à 2005, Alcatel était une entreprise mondiale et vendait ses centraux temporels sur tous les continents.


Quand à la souveraineté ça en devient un buzzword (hors mili) !

La souveraineté ne se négocie pas.

On la veux (Gaullisme) ou pas (Atlantisme).

C'est un choix qui peut être clivant car il a une connotation politique

Ce clivage se rencontre au sein de l'état et de ses services, jusqu'aux plus régaliens.


Tu cites aussi le mili...

On est désormais le 2e vendeur d'armes au monde... Devant les russes, les chinois et les grands bretons...

On a maintenu (tant "mal que mal") la filière.

Malgré l'état irresponsable et mauvais payeur, malgré l'ami américain, malgré des coopérations européennes forcées et absurdes, aux CDC contradictoires, qui ont produit maints ratés hors sols et hors de prix.

Mais, dans le désert industriel et le renoncement français, soudain ça devient sexy et ça rapporte beaucoup de devises et de soft-power.

C'est pas propre, c'est même très sale, et c'est surtout en pleine expansion.

Environ 5K entreprises et 400K emplois directs et indirects. Bien plus demain.

Si nous avions renoncé aussi dans le mili, l'aérospatiale, le ferroviaire, etc. notre catastrophique balance commerciale serait encore bien pire.


En conclusion, Alcatel aurait pu être le Nokia français. Mais Alcatel a fini en cadavre d'ornithorynque (Alcatel-Lucent). Croqué par Nokia il y a 10 ans.

Le reste ayant été stoppé ou vendu à la découpe. On a encore, grâce à un colistier, un petit troupeau de chouettes Aastra 6757i sur les bureaux ici - On retrouve la "croix" de touches typique des Alcatels.

RIP la téléphonie française et le "vrai" téléphone tout court, le RTC a vécu.



--
Jérôme Marteaux


---------------------------
Liste de diffusion du FRnOG
http://www.frnog.org/

Répondre à