C'est bien ça le problème, les clients.
Qui est prêt à investir sur un truc dont il sera nécessaire de porter un
kernel (prenons Linux au hasard), ajoutons tout le userland, et
supporter tout ça pendant les 20 ans qui viennent ? Trop cher.

Même aux US les cimetières sont remplis d'ABI qui ne sont pas du x86 et
d'amd64, alors imagine avec un marché beaucoup plus petit.
Même les très grosses boîtes (IBM, Alpha, SUN) qui avaient pourtant des
grosses parts de marché n'ont pas résisté face à x86/amd64 et ont arrêté
leurs CPU généralistes.

D'ailleurs ça a donné quoi le CPU chinois dont la conception et
la fabrication était 100% chez eux, avec même leur propre distribution
linux ? Si même la puissance publique chinoise n'arrive pas à faire
émerger une souveraineté dessus, qui le pourrait ?

Pour les réseaux, au temps d'avant, l'Etat avait mis beaucoup d'argent
dans la conception de nos propres commutateurs, le réseau téléphonique
était 100% français (parfois sur la base de quelques brevets étrangers).
Mais l'essentiel des composants électroniques étaient déjà sourcés à l'étranger.

Puis France Telecom a été privatisé, s'est adapté à son environnement,
où la souveraineté n'existe pas, donc a fait comme ces concurrents pour
survivre: le modèle économique dicte sa loi et impose d'acheter au
meilleur tarif. Prenons par exemple Alcatel, moins de commande, moins de
R&D, mais ils sont toujours là en étant fusionné, racheté, gammes arrêtés, changement de modèle ...

Si France Telecom était resté public, Alcatel n'aurait pas pu
concurrencer Cisco, car pour financer la R&D il faut avoir en face un
gros marché et Fr est trop petit, il aurait fallu embarquer d'autres
pays avec nous. Et il manquait aussi la confrontation avec la
concurrence pour sentir l'évolution du marché, est-ce qu'on aurait
abandonné le temporel pour le paquet aussi rapidement ? Pas sûr.

Est-ce que la privatisation de France Telecom ayant entraîné la fin d'Alcatel comme on l'avait connu (et la souveraineté associée) a été une
bonne chose ?



Plus globalement, je vois 3 éléments pour obtenir la souveraineté:
 - maîtriser l'approvisionnement en matière première;
 - et:
   - avoir une filière complète et qu'elle soit la meilleure
économiquement parlant pour s'imposer sur le marché mondial;
   - ou si on n'est pas les meilleurs sur le marché mondial il faut la
maintenir économiquement à flot en la subventionnant.

Mais la souveraineté n'a plus de sens dans le monde moderne.

Entre hier et aujourd'hui, de multiples secteurs ont été privatisés: électricité, télécom, énergie, eau ... L'acteur économique (l'entreprise) a besoin d'être rentable pour survivre, comme elle vit au milieu des concurrents, elle a besoin d'être efficiente donc d'acheter au meilleur coût et de vendre au meilleur prix. Ces grosses entreprises
sont implantés un peu partout dans le monde.

Comme aujourd'hui tout est tellement interconnecté et interdépendant
il y a de beaucoup d'entreprises qui peuvent interrompent n'importe
quel flux, on le voit bien aujourd'hui avec le pétrole, mais ça pourrait
être n'importe quoi: semi-conducteur, logiciels, service bancaire ...

Est-ce qu'un Etat peut demander à leurs entreprises de mettre un embargo sur un produit en particulier ? Oui, ont-ils un intérêt à le faire ? Non, car ces entreprises et l'Etat seraient également impactés par une perte de chiffre d'affaire (plus ou moins importante).

La privatisation a cet intérêt de retirer le pouvoir qu'un seul gars
peut avoir car l'entreprise subi l'économie alors que l'Etat a les moyens de s'en détacher. Donc la privatisation (et la mondialisation)
limite le pouvoir qu'on les chefs d'Etat.

Quand à la souveraineté ça en devient un buzzword (hors mili) !



Jérôme



Le 26/03/2026 à 09:49, David Ponzone via frnog a écrit :
Pour ma part, j’ai un cousin qui après un PhD en architecture massivement 
parallèle travaillait dans une startup de la région de Rennes qui préparait un 
CPU à 128 ou 256 coeurs à « basse » fréquence (sub-1G).
Impossible de me rappeler du nom, je sais pas ce qu’ils sont devenus, mais à 
l’époque, ils avaient du mal à trouver des clients pour soutenir le projet.

David

Le 26 mars 2026 à 09:39, Laurent Bloch via frnog <[email protected]> a écrit :

Bonjour,

Sur ces sujets de souveraineté industrielle j'ai écrit deux ou trois
trucs :

https://laurentbloch.net/MySpip3/Pour-une-reindustialisation-numerique

https://laurentbloch.net/MySpip3/Le-Chips-Act-peut-il-sauver-l-industrie-europeenne

https://laurentbloch.net/MySpip3/L-informatique-premiere-industrie-mondiale

Jusqu'à il y a peu je pensais que l'informatique était le première
industrie mondiale : en fait je crois que l'on peut dire qu'elle est la
seule industrie mondiale. Le reste : petits gadgets pour décorer autour.

RISC-V est effectivement un espoir. ARM conçoit un SoC IA avec Meta qui
pourrait enfoncer encore un peu plus l'archi Intel. Et ARM c'est
l'Europe, malgré tout.

J'ai demandé à quelqu'un de SiPearl pourquoi ils ne s'étaient pas basés
sur RISC-V : parce que pas de bit carry ! J'ai mis quelques secondes à
réagir : effectivement la crypto (leur créneau initial) c'est beaucoup
d'arithmétique.

Bonne journée !

Le jeudi 26 mars 2026 Stéphane Rivière via frnog a écrit ceci :

Je viens de voir passer qu'aux USA, la FCC va interdire les routeurs
made in ailleurs.

https://hackaday.com/2026/03/24/us-fcc-prohibits-approval-of-new-foreign-made-consumer-routers

À quand la même chose en Europe avec des fabricants locaux fondés sur
des pions RISC-V & ARM et montés par des OPNSense, OpenWRT ou VyOS ?


Mais le contrôle des populations est probablement plus important que la
souveraineté.

Alors que ça avait déjà été rejeté récemment, il semble que les non-élus
ont recommencé et ChatControl©Gouvernature est à nouveau sur le tapis. 4
pays sont contre, la France est évidemment pour.


--
Jérôme Marteaux


---------------------------
Liste de diffusion du FRnOG
http://www.frnog.org/

Répondre à