On repart pour un monologue maugréé par le Taulier en mal de Wiki (on
va s'y mettre, la discussion est engagée) ...
Ce qui est intéressant dans un débat est qu'une perspective actuelle
est toujours frappée d'une certaine hystérésis liée à chaque groupe
d'influence sur le débat et à chacun de ses membres. Il y a donc à
tenir compte de la granularité, de l'effet de trace, de l'empathie,
de la vision de chacun et de chaque intergroupe ou mouvance.
Ceci est bien entendu multiplié lorsque le débat porte justement sur
le débat lui-même, et surtout sur le méta-débat comme c'est ici le
cas, où il s'agit de discuter de ses règles mêmes, selon différentes
perspectives.
J'ai trois exemples pratiques à disposition :
1. un exemple personnel que je ne peux développer ici car il est en
cours de procédure très instructive. Il s'agit en fait d'une
adaptation innovante privée à une adaptation sociétale innovante de
la loi dans le cadre d'une adaptation innovante de la pensée
Constitutionnelle où manifestement la France est en pointe.
Il est passionnant car il semble mettre en lumière une dynamique
transitionnelle plus complexe à côté des processus mutationnel de
l'évolution des choses. Et par là rejoindre par le domaine du droit,
des phénomènes écosystèmiques en cours de mise, par ailleurs, en
lumière dans la biologie, la sociologie, etc.
2. l'exemple qui nous est commun du débat sur la gouvernance de
l'internet qui devrait être, nous dit-on, en "multipartieprenariat",
là où notre expérience (de moins en moins satisfaite au niveau
général) est démocratique.
Ceci fait apparaître un problème fondamental de la souveraineté
(socle des lois) qui doit être redéfinie, sans doute non-pas en
opposition au progrès conciliatoire de Westphalie sur l'affirmation
du droit de la violence, mais en extension des différents niveaux des
reconnaissances mutuelles mondiales. Je m'y sent très impliqué pour
avoir façonné le "root" pendant huit ans selon une unique approche
neutre, ouverte, transparente, multiple et universaliste et je le
vois dévoyé et accaparé par un des ses utilisateurs à l'ambition de
domination plus puissante que les autres pour en faire par le
commerce un outil technique de domination légale du monde des gens.
3. la pénétration à laquelle nous sommes parvenus de la complexité de
la réalité des choses et de notre capacité d'accès à leur virtualité.
Nous nous sommes étendus tant vers le fond que vers la frontière de
la caverne de Platon; et nous sommes parvenus aux frontières de son
visible, ce qui nous éclaire fortement sur la nature de son
invisible. Le problème universel actuel est celui dit de la
"localité", local étant - entre autres - ce qui nous est à portée de
(vitesse de la) lumière.
A quoi, Vint Cerf dans l'incroyablement à la fois important, limpide
et politiquement bloqué, court paragraphe d'EIN 48 sur les objectifs
du projet internet, répond (et démontre par le succès de leur
première phase) par une définition de la localité invisible : le
local est ce qui est particulier à ce qui est considéré.
C'est la meilleure, intrinsèque, et fondamentale définition d'un VGN
(réseau local global virtuel). Cette définition crée une autre sphère
humaine, que le projet digital internet co-occupe, mais qui
* relève d'abord de l'homme (usages, coutumes, loi)
* et qui inclut aussi les outils qui lui sont nécessaires à la
maîtrise de la complexité globale ainsi abordée - qui sont :
* les normes, standards et bonne pratique de la création,
* des opérations et de l'usage
* du matériel,
* des logiciel des machines
* et notre noogitiel de l'utilisation que nous en
faisons en commun.
- Vous, en tant que légistes, vous pensez d'abord en droit de
propriété intellectuelle/industrielle;
- les politiques vont penser en terme de mondialité économique,
stratégique, sociale;
- les activistes sociaux vont penser en termes de droits et
avantages individuels.
- J'aimerais penser en termes de leur complexité globale.
A la Renaissance, Olivier Aubert est là pour nous le rappeler, nous
avons découvert les lois de la perspective de l'univers, et nous
continuons avec l'astronomie, l'architecture, l'optique, l'informatique.
Après l'approche que nous en avons ainsi eu du vaste, l'approche du
petit s'est engagée deux siècles plus tard avec la découverte des
microorganismes par Antonie van Leeuwenhoek en 1675. Nous n'avons eu
ensuite de cesse d'aller plus loin pour atteindre les infinis ainsi
entr'ouverts.
Deux siècles plus tard Henri Poincaré (1889) et Max Planck (1900)
nous ont montré que nous avions atteint les limites (localité optique
de notre espace-temps et constantes quantiques de Planck au-dessous
desquelles nous ne pouvons descendre).
Ceci nous a introduit à la notion de probabilité (pour ce que nous
savions ne pouvoir directement atteindre) et à la compréhension
progressive d'un univers informationnellement :
- chaotique (on ne sait pas tout calculer),
- déterministe (il y a une architectonique commune)
- et fractal (et ses lois sont indépendantes de l'échelle à laquelle
elles s'appliquent).
La complexité de cet univers se traduit habituellement de deux manières :
- la complexité aléatoire (Kolmogorov)
- et la complexité organisée (Bennett).
On pouvait, si je comprends bien, gloser à l'infini à leur sujet
jusque dans les années 30 et la théorie de la calculabilité (Goëdel,
Church, Turring). La première complexité n'est pas calculable, l'autre l'est.
- Si pour présenter une suite supposée d'information (big data
par exemple) de 1000000 valeurs il faut un programme d'au moins
1000000 caractères : elle n'est pas calculable et c'est donc du hasard.
- Si non elle est calculable, mais plus ou moins facilement,
c'est ce que l'on appelle la profondeur de Bennett, qui représente le
temps mis à la calculer.
A partir de la réflexion menée par et autour des créateurs de Tymnet
(le réseau de second niveau que voulait émuler le projet Internet de
Vint Cerf, après le réseau de premier niveau Cyclades de Louis
Pouzin), il ressort qu'il y a un troisième aspect de la complexité
qui semble premier. C'en est le coût en ressources de calcul.
Il a alors été engagé une réflexion agorique (étude de marché de la
solution la moins coûteuse) sur les moyens d'obtenir le calcul de la
manière la plus économique. Ceci était fondamental pour une
entreprise (Tymshare) engagée dans la vente de calcul en temps partagé.
La recherche de la manière la plus économique me semble être en
osmose avec le principe de moindre action de Maupertuis (les choses
se font à moindre dépense énergétique) que je traduis par "la nature
va au premier possible", une version plus précise [à définir
cependant] de la traduction commune "la nature va au plus simple".
C'est le moyen de rechercher (AMHA) si ce que nous prenons pour de la
complexité n'est pas de la complication. Cela veut dire que le jeu
naturel de lois architectoniquement premières pourrait engendrer une
complexité apparente des lois fondamentales. Un "big-bang" légal.
Ma réflexion dans ce domaine (et le mot réflexion plutôt que pensée
est ici propre au domaine considéré) est que nous passons pour
l'instant à côté d'un certain nombre de grandes réalités
fondamentales. C'est entre autre les idées que :
- la syllogistique a besoin de ces liens actifs entre les données
liées que j'appelle les syllodonnées, compléments nécessaires des
données et méta-données dans la substance de la datamasse.
Ces syllodonnées peuvent relever des eccéités (localité particulière
à chacun) ou des quiddités (généralités communes à un groupe
destinataire ou une classe originelle).
Elles peuvent être esthétiques (le but parfait à construire),
éthiques (comment atteindre/préserver l'esthétique), pratiques
(comment se débrouiller au mieux de l'éthique dans le concret des choses).
- cette syllogistique peut être à une, deux ou de multiples prémisses
(cf. problème des n-corps) ce qu'on appelle cybernétique, logique et
plus généralement agorique. Avec une image simple et commune pour
tous, qui est le réseau point à point, hiérarchique ou maillé.
- l'information nous parvient partiellement par communication (la
source est une cognition tierce), et beaucoup par intellition (la
source est la cognition interne).
- à partir de là, la compréhension des choses se traduit selon la
perspective de modèles (ontographies documentées par ontologies)
architectoniques (architectonies). Ils peuvent être :
--- personnels et leur juxtaposition de leur diversité crée une
multitude. Leurs descriptions sont des philosophies. Les jugements
sont moraux ou divins.
--- généraux et l'adhésion à leur unicité les rend souverains et
créée un peuple. Leurs descriptions sont des codes de lois. Les
jugements se font par des cours de Justice.
etc.
jfc
At 10:01 01/09/2014, François PELLEGRINI wrote:
Chère Myriam,
Ch{è|e}r/e/s tou/te/s,
On 08/31/2014 12:38 PM, Myriam Criquet wrote:[...]
> Nucléariser le Droit, tendance actuelle, est selon moi contre productif car
> c'est oublier l'essentiel: à la fois ses racines, son noyau et sa structure
> qui peuvent simplement et de façon pragmatique fonctionner comme des
> tableaux de bord d'aide à la décision et aider à poser des stratégies ainsi
> que des process juridiques tant pour les sociétés humaines (la loi), que
> pour les activités humaines (le contrat, la coutume, les usages).
Je partage cette vision. Il faut au contraire
conserver une vision globale, la plus ample
possible, ne serait-ce que pour réguler les
conflits de normes juridique (p.ex, droit
d'auteur contre interopérabilité), de plus
en plus courants.
> La transition juridique: mouvement doux et
> fluide, normalement, réside donc pour moi dans le
> lien qui peut être fait entre les fondamentaux
> juridiques issus de milliers d'années d'histoire
> humaine et d'expériences accumulées, le Droit tel
> qu'il est, et celui tel qu'il devrait être en
> raison de ces changements.
Je perçois le Droit comme réactionnaire par essence : c'est
son rôle de structurer la société à un instant donné. Les
changements sont donc "discrets", au sens qu'il faut une
pression suffisante pour susciter, de la part du législateur,
une modification du droit et la refondation de sa structure.
L'intérêt d'une vision anticipatrice est d'éviter l'accumulation
de contraintes de plus en plus fortes, en effectuant ces
modifications à une vitesse compatible avec l'évolution des
pratiques sociales.
> L'invention et la généralisation de techniques ayant un impact fort sur le
> quotidien des personnes et donc les rapports sociaux, rompant à ce point
> avec l'ancien que même ce qui étaient auparavant évident , certain et fixe,
> devient relatif, donc potentiellement différent et muable voire mutable
> (ex: qu'est ce qu'un Père ? qu'une Mère ?).
Oui, tout à fait. Ceci illustre bien mon argument ci-dessus.
> C'est la voie qu je suis depuis 27 ans tant il me parait difficile d'en
> suivre une autre, et je sais que je ne suis pas la seule.Replacer les
> choses dans leur contexte pour ensuite faire un constat et de la
> prospective est une méthode classique pcq souvent opérationnelle.
Une démarche d'ingénieur, pragmatique et efficace. :-)
[...]
> J'ai travaillé entre 1991 et 1993, sous la direction de Michel Vivant qui
> rédige le Lamy Droit du Numérique., entre autres, à la rédaction du 1°
> Code de la Propriété Intellectuelle annoté Edition Litec (le Dalloz ayant
> été fait ultérieurement par l'équipe de Françon, avec lequel je travaillais
> aussi, mais sur d'autres sujets). Avant cette date, nous avions des textes
> épars et non rassemblés dans un code.
> J'ai rédigé des proposition de lois et fait des études 'impact dans divers
> secteurs de la Propriété Intellectuelle.
Intéressant. Je suis vraiment intéressé à connaître
vos commentaires sur nos commentaires des textes
en vigueur, réunis au sein du "Pellegrini & Canevet".
> Je sais donc bien comment faire pour annoter des Codes pour les juristes,
> mais comme je vous le disais, l'annotation par et pour les non-juristes est
> une autre forme de travail, très novateur et intéressant.
C'est un travail d'explication et d'indexation.
> De plus, tu connais mon attachement aux pays émergents et tu sais que j'y
> mène quelques activités..
Lesquels et lesquelles ?
> Conscients de l'importance de la propriété intellectuelle
Terme "impropre" car c'est un oxymore. Il faudrait
déjà le réformer, car il induit un biais idéologique
dommageable à l'appréhension des phénomènes en jeu.
> et de la
> nécessité, après avoir raté la Révolution Industrielle, de ne pas rater la
> Révolution Intellectuelle, ayant de hauts profils formés à la matière,
> multilingues et ayant travaillé dans plusieurs pays, les pays émergents ont
> eu deux belles initiatives internationale en matière de Propriété
> Intellectuelle, très innovante qui se dérouleront en novembre.
Lesquelles ?
A+,
f.p.
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