Bonsoir,

On 02.10.12 19:02, Olivier Guillard wrote:
> Bonsoir,
>.../...

> J'ai il y a trois ans (et dans un autre vie), engagé et
> mis en oeuvre l'informatisation de l'école de ma petite
> commune. Le projet s'inscrivait dans le cadre de l'"école
> numérique rurale", financé par l'éducation nationale et
> les collectivités territoriales :
> 
> http://eduscol.education.fr/cid56257/l-operation-ecole-numerique-rurale.html
> http://www.education.gouv.fr/cid24218/developper-numerique-dans-les-ecoles-rurales.html
> 
> Les discussions avec l'ensemble des acteurs dans le cadre
> de ce travail et en particulier avec les instits (pardon
> les professeurs des écoles) ont été très instructives.
> 
> Je dois rendre hommage à l'Education Nationale pour avoir
> livré avec ce plan, en plus du soutien financier, des
> documentations de référence fort utiles (cahier des charges
> opérationnel et utile, etc.).

Je suis repassé récemment dans la petite école rurale à classe unique
(21 élèves à l'époque) où j'ai fait mon début d'"acclimatation" au
français parlé aux alentours de 1972, je l'ai trouvée pratiquement
méconnaissable, refaite à neuf, ripolinée de frais, avec son rack
d'ordinateurs portables, son dispositif de projection digitale doublé
probablement d'un numériseur, ses interfaces haut débit zébrant la noble
bâtisse du XVIIe siècle, au rez sa cantine aux inox brillants alimentée
par un "catering" régional certifié et irréprochable, etc. Remarquable!

En deuxième analyse, j'ai pensé "que d'industries trouvent ici leur
gagne-pain quotidien!" l'école s'est décidément placée au coeur
d'activités de business génératrices d'emplois. J'ajouterai que tout un
chacun avait l'air satisfait et content de lui-même.

J'ai pensé "Est-ce indispensable?" (l'inavouable réflexe acquis au
contact du lointain Sud?) je n'en suis pas si sûr. Est-ce que cela
distrait? ...


> Sans aller dans les détails, je vous invite à réfléchir
> à ces quelques questions (à propos desquelles nous avons
> bien du soit trancher, soit être confronté à certaines
> réalités de terrain ) :
> 
> 1- faut-il dédier une salle à l'informatique dans l'école
>    ou bien déployer des ordinateurs dans chaque classe ?

les ordinateurs (comme toute technologie) rendent le plus de services
lorsqu'on oublie qu'ils existent, lorsqu'ils deviennent "transparents".
Je plaiderais pour une intégration à l'environnement habituel de la classe.
> 
> 2- faut-il installer des PC fixes ou des classes mobiles ?

les portables semblent une solution particulièrement séduisante. Pas
besoin de faire si petit que l'OLPC d'ailleurs.

> 
> 3- faut-il filtrer ou pas les contenus ?

Je passe.
A la maison (1 enfant de 9 ans) j'ai choisi de ne pas filtrer. Mais nous
sommes très présents et l'environnement lui-même est pas mal
(bénignement) contrôlé. Je serais pour la responsabilisation plutot que
le filtrage. Ah oui, on a aussi viré l'antenne de TV, qu'est-ce que ça
dépollue!

> 
> 4- tous les instituteurs ont-ils besoin (ont-ils les moyens?)
>    d'être formés, ou bien faut-il un instit dédié avec les
>    compétences adéquates ?

Pour la même raison citée plus haut (intégration souple aux activités),
tous les instituteurs devraient être formés. Si possible de façon
intelligente et ludique.

> 5- question importante : les élèves ont-ils besoin d'avoir
>    un ordinateur chez eux ?

Nul n'a besoin d'un ordinateur chez soi, surtout avec une bonne
bibliothèqe. Ceci dit... ça aide. Un portable, pourquoi pas? C'est bien
l'idée de l'OLPC... (sauf l'interface débile qu'ils ont mis dessus)

> 
> 6- autre question importante : les élèves ont-ils besoin
>    d'avoir chez eux les mêmes applications logicielles (et
>    leurs éventuelles licences) que celles installées à
>    l'école pour être éduqués (pardon formés) ?

ça dépend à quoi on les "forme". Les questions de licences semblent
déplacées, il y a une écologie assez complète d'aplications libres pour
les questions d'éducation, y compris la bureautique, des environnements
de calcul et de simulation, etc... Si mes souvenirs sont bons le
mammouth avait pris cette direction-là il y a une dizaine d'années avec
des centres d'appui technologiques basés sur du libre. Où est-ce que
cela en est? La taïga est vaste...

De grâce j'espère qu'on leur apprend à programmer. Un brin. Ne serait-ce
que quelques lignes, et sur une interface en ligne de commande pas sur
scratch (scratch.mit.edu)

- "papa tu m'achètes une console vidéo?"
- "tu sais c'est beaucoup plus marrant de les faire soi-même les jeux"

> 
> Etc.
> 
> Bref, l'"épanouissement de soi" mis en oeuvre dans "la
> démocratie" c'est très bien, pour peu que l'un comme
> l'autre n'oublie personne.

Ca filtre petit à petit dans la masse, on le voit (je traite avec des
adultes de 30+ en formation continue). Le problème fondamental (AMHA)
c'est qu'il n'y a aucune méthode, aucune systématique à la base, et
toute une industrie se nourrit de cette somme totale de e-ignorance.
Faut pas se leurrer, les "digital natives" ne sont pas mieux lotis. Ils
ont surtout appris à consommer et à aller se faire ficher dans les
réseaux sociaux.

> 
> Je conclurais en invitant aussi ceux qui le souhaitent à
> réflechir au problème de la maintenance des équipements
> informatiques à l'école (notamment les écoles de campagne).

Hi hi à la maison on a plein de machines en parfait état de
fonctionnement... littéralement jettées à la poubelle par les services
d'une institution d'enseignement  (ça se passe hors F) car "devenues
trop lentes". Un coup de debian et ça repart.

> 
> Que fait un instit (qui aujourd'hui à 34 élèves devant lui
> et souvent dans les villages avec des classes en double niveau),
> lorsqu'il est planté en arrivant le matin parce qu'il avait
> prévu une animation informatique et qu'il y a une coupure de
> courant ou un virus dans les PC ? De la garderie ? 

d'où l'intérêt d'une certaine souplesse dans la programmation des
activités. S'ils sont à la campagne ils peuvent dehors faire des
sciences nat etc.

> Que fait-il
> lorsque le logiciel qu'il utilisait depuis 6 ans n'est plus
> maintenu ou qu'il n'y a plus d'argent pour changer le tableau
> numérique installé dans la classe il y a dix ans ?

c'est le problème de se fixer sur une seule succession d'actions. Or, en
info il y a toujours plein de façons d'arriver à un résultat.
On doit nécessairement pouvoir se passer du gadget devenu défaillant.
Cela arive tout le temps.

...
Ce qu j'essaye de faire passer auprès de "mes adultes" c'est de ne pas
dépendre d'une application, d'un système, d'un seul comportement appris.
Mieux vaut essayer de saisir le principe général, quitte à être moins
"pointu", moins spécialisé, et d'utiliser indifferemment e premier outil
qui s'avère apte à la tâche. De préférence, le moins cher aussi.

> Ce marché-là n'intéresse malheureusement pas grand monde,
> et les bénévoles opérationnels se font bien rares...
> 
> J'oubliais un grand mot de plus : "égalité" ?

j'ajouterais encore: "résistance à l'oppression"

;-)

> le Saturday 29 September à 17 H 05 , Dr François Jacquemin a écrit :
>> Il y aurait un       autre problème. Nombre d'adolescents n'ont d'autre 
>> formation à la vie sociale et à la citoyenneté qu'au travers de l'expérience 
>> sociale que réalise l'école. Les en priver est évidemment dangereux et 
>> risque au contraire de renforcer le manque de ressources rendant apte à 
>> vivre ensemble dont on voit les effets délétères partout et à l'école en 
>> premier lieu, (the famous social abilities). Le vrai problème est la réforme 
>> de l'école instaurée avec :
>> 1° - la circulaire Savary dans les années 80, qui prévoyait de mettre tout 
>> public scolaire dans la même classe sous prétexte de mieux préparer à la vie 
>> sociale et à l'égalité (handicapés, problèmes de comportement, précoces, 
>> etc.)

cela occupe beaucoup le monde des écoles par ici. Beaucoup de
discussions, beaucoup de craintes qui dévoilent des problèmes
sous-jacents et antérieurs d'adultes desécurisés ou en proie à je ne
sais quel désarroi. Des rivalités et jalousies sauvages entre différents
corps de métier. etc.

>> 2° - la pratique, afin de soi-disant responsabiliser les parents de les 
>> faire intervenir dans des décisions qui ne devraient pas dépendre d'eux tels 
>> que le redoublement etc.

"le redoublement ne devrait pas dépendre des parents"?

Hum j'espère qu'il existe encore la possibilité de contester les
décisions professorales sans devoir lâcher une meute d'avocats...

>>
>> La première mesure a rendu impossible la transmission du savoir et la vie 
>> sociale en classe, en posant des problèmes de grand écart pédagogique 
>> insurmontables à des professeurs par ailleurs non formés à la pédagogie non 
>> plus qu'à la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, la deuxième a 
>> entraîné les parents à se croire compétents pour demander des comptes aux 
>> enseignants sur tout et autre chose, les disqualifier régulièrement devant 
>> leurs enfants, pour s'étonner ensuite d'être entendus, d'autant qu'eux-mêmes 
>> s'autodisqualifient fréquemment pour plus de résultats en matière 
>> d'irrespect.

est-ce bien cela la cause?

Je vois des adultes il est vrai, mais je suis toujours aussi
impressionné de la diversité des approches, des modes de compréhension,
des sensibilités de l'être humain, auxquels s'ajoute le fait que dans
des conditions normales seulement dix pour cent de ce qui est énoncé est
retenu. Je suis tenté d'imaginer qu'on trouve aussi un tel niveau de
diversité chez l'enfant. Et si l'apprentissage par immersion et par
résolution de problèmes ne s'appliquait pas qu'aux adultes?

>> Qu'on aille ensuite demander aux adolescents de trouver dans l'espace 
>> scolaire les solutions sociétales que l'ensemble de la société ne parvient 
>> par ailleurs pas à élaborer, et l'on ne s'étonnera pas d'une montée 
>> constante, insidieuse, mais certaine d'une forme de barbarie dont il ne faut 
>> pas espérer qu'elle se limite à une tranche d'âge ou à un champ social 
>> particulier. 

il n'y en a pas et il n'y en a jamais eu.

>>
>> Alors, mettre chacun dans une bulle ? Faire un moratoire sur l'évolution de 
>> la société ? Restaurer des repères et des rôles clairs, lisibles pour chacun 
>> plutôt que s'acharner à embaucher des dizaines de milliers de profs en 
>> comptant noyer le problème sous le nombre ? Tuer l'école de Jules Ferry en 
>> faveur de l'école privée de sorte que devenue rare et chère elle devienne un 
>> lieu à l'accès convoité ? Faire entrer la police à l'école ? Diminuer 
>> drastiquement le nombre d'élèves par classe ? Adopter la pédagogie Freinet ? 
>> Former les professeurs à la pégagogie et la psychologie pratiques dès la 
>> formation initiales ? Sous traiter l'enseignement aux collectivités locales 
>> ? Changer les règles de l'accès à la citoyenneté et donc de l'accès à la 
>> connaissance ? Refonder le contrat social ? Encore d'autres idées ?

Est-ce que cela va si mal que ça? Nous avons "transplanté" notre fils à
l'école publique en France et avec un an de recul il se porte comme un
charme, on est ravis de la diversité des activités complémentaires et
services et on se dit que c'était bien la meilleure solution, et qu'il
était temps.

Je sais bien que ce n'est pas l'école qui fait la différence, qu'on a
choisi d'avoir un niveau de vie / de carrière certainement moindre mais
pouvoir s'occuper de lui, etc.

Je pense aussi que c'est essentiellement une question de normativité, et
qu'on pourrait probablement arriver à des résultats comparables avec
d'autres systèmes. La question des réformes je l'entends depuis mon
adolescence ("non à la réforme Haby"), et "plus ça change, plus c'est la
même chose".

Dommage que l'avenir soit si opaque, on saurait mieux ce qu'il faut
mettre en oeuvre...

MK

PS: J'aurais adoré bénéficier du téléenseignement, sauf quelques éclats
de lumière l'école secondaire en particulier me semblait un lieu
insondablement triste, sordide, bête et méchant: Quel ennui, quelle
perte de temps!

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