Il y aurait un  autre problème. Nombre d'adolescents n'ont d'autre formation à 
la vie sociale et à la citoyenneté qu'au travers de l'expérience sociale que 
réalise l'école. Les en priver est évidemment dangereux et risque au contraire 
de renforcer le manque de ressources rendant apte à vivre ensemble dont on voit 
les effets délétères partout et à l'école en premier lieu, (the famous social 
abilities). Le vrai problème est la réforme de l'école instaurée avec :
1° - la circulaire Savary dans les années 80, qui prévoyait de mettre tout 
public scolaire dans la même classe sous prétexte de mieux préparer à la vie 
sociale et à l'égalité (handicapés, problèmes de comportement, précoces, etc.)
2° - la pratique, afin de soi-disant responsabiliser les parents de les faire 
intervenir dans des décisions qui ne devraient pas dépendre d'eux tels que le 
redoublement etc.

La première mesure a rendu impossible la transmission du savoir et la vie 
sociale en classe, en posant des problèmes de grand écart pédagogique 
insurmontables à des professeurs par ailleurs non formés à la pédagogie non 
plus qu'à la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, la deuxième a entraîné 
les parents à se croire compétents pour demander des comptes aux enseignants 
sur tout et autre chose, les disqualifier régulièrement devant leurs enfants, 
pour s'étonner ensuite d'être entendus, d'autant qu'eux-mêmes 
s'autodisqualifient fréquemment pour plus de résultats en matière d'irrespect.

Qu'on aille ensuite demander aux adolescents de trouver dans l'espace scolaire 
les solutions sociétales que l'ensemble de la société ne parvient par ailleurs 
pas à élaborer, et l'on ne s'étonnera pas d'une montée constante, insidieuse, 
mais certaine d'une forme de barbarie dont il ne faut pas espérer qu'elle se 
limite à une tranche d'âge ou à un champ social particulier. 

Alors, mettre chacun dans une bulle ? Faire un moratoire sur l'évolution de la 
société ? Restaurer des repères et des rôles clairs, lisibles pour chacun 
plutôt que s'acharner à embaucher des dizaines de milliers de profs en comptant 
noyer le problème sous le nombre ? Tuer l'école de Jules Ferry en faveur de 
l'école privée de sorte que devenue rare et chère elle devienne un lieu à 
l'accès convoité ? Faire entrer la police à l'école ? Diminuer drastiquement le 
nombre d'élèves par classe ? Adopter la pédagogie Freinet ? Former les 
professeurs à la pégagogie et la psychologie pratiques dès la formation 
initiales ? Sous traiter l'enseignement aux collectivités locales ? Changer les 
règles de l'accès à la citoyenneté et donc de l'accès à la connaissance ? 
Refonder le contrat social ? Encore d'autres idées ?

Sans doute, pour certains, traumatisés au cours de la vie scolaire au point de 
ne plus pouvoir du tout remettre les pieds à l'école, le téléenseignement, par 
l'intermédiaire du CNED, est une martingale utile, et, plus ils sont nombreux, 
plus les profs, encore plus nombreux, qui aspirent à enseigner au CNED, peuvent 
y accéder. Ils s'accroissent d'année en année.


Le 28 sept. 2012 à 21:35, Patrick Maigron a écrit :

> L'école a aussi un rôle de garderie pour libérer les parents (cf. le
> service minimum d'accueil dans les établissements scolaires en cas de
> grèves). Même avec du téléenseignement pour la fonction pédagogique, le
> problème de la violence à l'école reste entier pour la fonction de
> garderie. Si on dresse les enfants à se lever à l'heure, c'est aussi une
> demande des parents...
> 
> A mon avis, le téléenseignement (on parle plutôt de TICE ou de
> e-learning pour être à la page) est tout à fait pertinent pour des
> publics motivés comme dans les cas que tu cites (enseignement supérieur,
> formation continue... et terroristes). Pour le secondaire par contre
> j'ai un gros gros doute (en soutien d'un enseignement classique oui et
> c'est le cas, mais en remplacement non).
> 
> Plus la question des fraudes électroniques comme au bac (ça avait déjà
> été discuté sur cette liste). On fait des examens sur machine mais on
> est toujours obligé de surveiller en salle si on veut éviter les fraudes
> au moins en partie. On gagne du temps en correction, pas en
> surveillance. Mais ça permet de concevoir des examens plus intéressants
> en termes d'interactivité par exemple.
> 
> Patrick.
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