Bonsoir,

ce débat me donne l'occasion de livrer quelques idées
sur plusieurs sujets auxquels je suis quotidiennement
confronté dans mes vies multiples et qui me tiennent
à coeur : l'apprentissage, l'équipement des écoles.
Permettez-moi aussi l'usage des gros mots : l'éducation,
l'engagement.

En préambule, notez que je m'inscris parfaitement dans
l'analyse du Dr Jacquemin. J'y ajouterais néanmoins que la
circulaire Savary n'est pour moi que le prolongement de la
loi Haby instituant notamment le "collège unique", elle-même
n'étant finalement qu'une disposition parmi d'autre censée
s'inscrire dans le processus de "démocratisation de l'école"
engagé par Jules Ferry 100 ans plus tôt.

Le problème de tout cela est que l'intuition de Jules
Ferry s'inscrivait dans une époque ou les structures
et les valeurs sociales étaient fort différentes de celles
que nous connaissons aujourd'hui. A l'époque de Ferry,
envoyer les enfants à l'Ecole constituait un effort
considérable : on avait besoin d'eux aux champs; comme
signalé par quelqu'un dans cet échange, que feraient
les parents aujourd'hui de leurs enfants sans l'école ?
A l'époque de Ferry, la société était bâtie sur la cellule
familiale, les femmes étaient corps et âme dévouée à sa
cohésion, à sa survie, ce qui passait par l'éducation.
La transmission du savoir était balisée  (considérons
les mutations qu'ont connu le rôle et la position de
l'instituteur en 150 ans) et peu dépendante d'un
"outillage sofistiqué". A l'époque de Ferry, la cohésion
sociale était une nécessité dont tout le monde (me
semble-t-il et en France en tout cas) avait bien
conscience, quel que soit sa "classe sociale" (désolé
pour ce nouveau gros mot). On partageait aussi des valeurs
communes fondamentales qui donnaient tout leur sens à
l'"Education" (quid des mots "liberté" ou "fraternité" en
1880, en 1942 ou en 2009 ? ).

Bref, on pourrait égrainer les mutations qui mériteraient
que l'on convoque aujourd'hui et sans a priori certaines
des "grandes idées", celles qui constituent les piliers
fondamentaux de notre vivre ensemble (et notre fierté
nationale); il serait opportun de les inviter à dialoguer
réellement à la lumière du concret de notre époque. C'est
très bien d'être fier de ses idéaux et de son histoire,
encore faut-il ne pas sombrer dans l'intégrisme ou
l'exagération (quels qu'ils soient).

Mais j'aimerais ajouter quelques remarques de terrain, plus
directement opérationnelles.

J'ai il y a trois ans (et dans un autre vie), engagé et
mis en oeuvre l'informatisation de l'école de ma petite
commune. Le projet s'inscrivait dans le cadre de l'"école
numérique rurale", financé par l'éducation nationale et
les collectivités territoriales :

http://eduscol.education.fr/cid56257/l-operation-ecole-numerique-rurale.html
http://www.education.gouv.fr/cid24218/developper-numerique-dans-les-ecoles-rurales.html

Les discussions avec l'ensemble des acteurs dans le cadre
de ce travail et en particulier avec les instits (pardon
les professeurs des écoles) ont été très instructives.

Je dois rendre hommage à l'Education Nationale pour avoir
livré avec ce plan, en plus du soutien financier, des
documentations de référence fort utiles (cahier des charges
opérationnel et utile, etc.).

Sans aller dans les détails, je vous invite à réfléchir
à ces quelques questions (à propos desquelles nous avons
bien du soit trancher, soit être confronté à certaines
réalités de terrain ) :

1- faut-il dédier une salle à l'informatique dans l'école
   ou bien déployer des ordinateurs dans chaque classe ?

2- faut-il installer des PC fixes ou des classes mobiles ?

3- faut-il filtrer ou pas les contenus ?

4- tous les instituteurs ont-ils besoin (ont-ils les moyens?)
   d'être formés, ou bien faut-il un instit dédié avec les
   compétences adéquates ?

5- question importante : les élèves ont-ils besoin d'avoir
   un ordinateur chez eux ?

6- autre question importante : les élèves ont-ils besoin
   d'avoir chez eux les mêmes applications logicielles (et
   leurs éventuelles licences) que celles installées à
   l'école pour être éduqués (pardon formés) ?

Etc.

Bref, l'"épanouissement de soi" mis en oeuvre dans "la
démocratie" c'est très bien, pour peu que l'un comme
l'autre n'oublie personne.

Je conclurais en invitant aussi ceux qui le souhaitent à
réflechir au problème de la maintenance des équipements
informatiques à l'école (notamment les écoles de campagne).

Que fait un instit (qui aujourd'hui à 34 élèves devant lui
et souvent dans les villages avec des classes en double niveau),
lorsqu'il est planté en arrivant le matin parce qu'il avait
prévu une animation informatique et qu'il y a une coupure de
courant ou un virus dans les PC ? De la garderie ? Que fait-il
lorsque le logiciel qu'il utilisait depuis 6 ans n'est plus
maintenu ou qu'il n'y a plus d'argent pour changer le tableau
numérique installé dans la classe il y a dix ans ?

Ce marché-là n'intéresse malheureusement pas grand monde,
et les bénévoles opérationnels se font bien rares...

J'oubliais un grand mot de plus : "égalité" ?

Bien à vous, et bonnes reflexions,

---

Olivier Guillard

le Saturday 29 September à 17 H 05 , Dr François Jacquemin a écrit :
> Il y aurait un        autre problème. Nombre d'adolescents n'ont d'autre 
> formation à la vie sociale et à la citoyenneté qu'au travers de l'expérience 
> sociale que réalise l'école. Les en priver est évidemment dangereux et risque 
> au contraire de renforcer le manque de ressources rendant apte à vivre 
> ensemble dont on voit les effets délétères partout et à l'école en premier 
> lieu, (the famous social abilities). Le vrai problème est la réforme de 
> l'école instaurée avec :
> 1° - la circulaire Savary dans les années 80, qui prévoyait de mettre tout 
> public scolaire dans la même classe sous prétexte de mieux préparer à la vie 
> sociale et à l'égalité (handicapés, problèmes de comportement, précoces, etc.)
> 2° - la pratique, afin de soi-disant responsabiliser les parents de les faire 
> intervenir dans des décisions qui ne devraient pas dépendre d'eux tels que le 
> redoublement etc.
> 
> La première mesure a rendu impossible la transmission du savoir et la vie 
> sociale en classe, en posant des problèmes de grand écart pédagogique 
> insurmontables à des professeurs par ailleurs non formés à la pédagogie non 
> plus qu'à la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, la deuxième a 
> entraîné les parents à se croire compétents pour demander des comptes aux 
> enseignants sur tout et autre chose, les disqualifier régulièrement devant 
> leurs enfants, pour s'étonner ensuite d'être entendus, d'autant qu'eux-mêmes 
> s'autodisqualifient fréquemment pour plus de résultats en matière d'irrespect.
> 
> Qu'on aille ensuite demander aux adolescents de trouver dans l'espace 
> scolaire les solutions sociétales que l'ensemble de la société ne parvient 
> par ailleurs pas à élaborer, et l'on ne s'étonnera pas d'une montée 
> constante, insidieuse, mais certaine d'une forme de barbarie dont il ne faut 
> pas espérer qu'elle se limite à une tranche d'âge ou à un champ social 
> particulier. 
> 
> Alors, mettre chacun dans une bulle ? Faire un moratoire sur l'évolution de 
> la société ? Restaurer des repères et des rôles clairs, lisibles pour chacun 
> plutôt que s'acharner à embaucher des dizaines de milliers de profs en 
> comptant noyer le problème sous le nombre ? Tuer l'école de Jules Ferry en 
> faveur de l'école privée de sorte que devenue rare et chère elle devienne un 
> lieu à l'accès convoité ? Faire entrer la police à l'école ? Diminuer 
> drastiquement le nombre d'élèves par classe ? Adopter la pédagogie Freinet ? 
> Former les professeurs à la pégagogie et la psychologie pratiques dès la 
> formation initiales ? Sous traiter l'enseignement aux collectivités locales ? 
> Changer les règles de l'accès à la citoyenneté et donc de l'accès à la 
> connaissance ? Refonder le contrat social ? Encore d'autres idées ?
> 
> Sans doute, pour certains, traumatisés au cours de la vie scolaire au point 
> de ne plus pouvoir du tout remettre les pieds à l'école, le téléenseignement, 
> par l'intermédiaire du CNED, est une martingale utile, et, plus ils sont 
> nombreux, plus les profs, encore plus nombreux, qui aspirent à enseigner au 
> CNED, peuvent y accéder. Ils s'accroissent d'année en année.
> 
> 
> Le 28 sept. 2012 à 21:35, Patrick Maigron a écrit :
> 
> > L'école a aussi un rôle de garderie pour libérer les parents (cf. le
> > service minimum d'accueil dans les établissements scolaires en cas de
> > grèves). Même avec du téléenseignement pour la fonction pédagogique, le
> > problème de la violence à l'école reste entier pour la fonction de
> > garderie. Si on dresse les enfants à se lever à l'heure, c'est aussi une
> > demande des parents...
> > 
> > A mon avis, le téléenseignement (on parle plutôt de TICE ou de
> > e-learning pour être à la page) est tout à fait pertinent pour des
> > publics motivés comme dans les cas que tu cites (enseignement supérieur,
> > formation continue... et terroristes). Pour le secondaire par contre
> > j'ai un gros gros doute (en soutien d'un enseignement classique oui et
> > c'est le cas, mais en remplacement non).
> > 
> > Plus la question des fraudes électroniques comme au bac (ça avait déjà
> > été discuté sur cette liste). On fait des examens sur machine mais on
> > est toujours obligé de surveiller en salle si on veut éviter les fraudes
> > au moins en partie. On gagne du temps en correction, pas en
> > surveillance. Mais ça permet de concevoir des examens plus intéressants
> > en termes d'interactivité par exemple.
> > 
> > Patrick.
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