Patrick,
pour garder l'exemple de la sémiotique qui m'accapare actuellement
(la "linguistique" n'en est qu'un petit petit bout) tu peux
analogiser tes deux mémoires avec le dictionnaire et la litterature.
Sans littérature tu as l'oubli, mais sans dictionnaire tu n'as pas le
sens de la littérature. Nous avons en français la chance de disposer
de "souvenirs" que l'on peut décrire dans la mémoire d'un ordinateur,
et non de memories to record in a computer memory.
Ma préoccupation de MemLabs est précisément de disposer en tant que
conservateur de souvenirs (association de conservation de fonds
famillial) de la mémoire artificielle nécessaire qui est une réponse
humaine à l'érosion du temps mais aussi un moyen de preuve du texte
et de la date. Il est possible que cette mémorisation physique soit
aussi un service à la conservation par la protection contre la
destruction (pas seulement du temps) par la distribution des copies.
C'est aussi un des points soulevé par Max, de l'archéolinguistique
pour remonter dans la mémoire avec la sémantique et le contexte
mental du temps. Tout ceci semble relever d'une composante nouvelle
de l'étude de la complexité, qui est la complexité linguistique où
j'ai déjà, semble-t-il une querelle d'école, certains voulant se
cantonner dans "leur" complexité ! Celle de la terminologie, celle de
la syntaxe, celle plus générale de la langue alors que nous avons
aussi celle du langage (un mot ignoré ici aussi en anglais), de la
linguasphère en général et des relations multilinguistiques à multiniveaux.
C'est là où la campagne pro-marchande de l'ISOC est une catastrophe
pour le monde et où le noyautage de la société civile par des
activistes poncifs n'arrange rien. Mais c'est aussi après tout une
chance dans la mesure où les Etats (UIT) sont amenés à répondre, et
où les gens (qui paient et qui votent) sont de plus en plus
contraints de se bouger; tant pour ceux qui savent comment le faire
(utilisateurs pilôtes) que pour les autres qui doivent choisir entre
être des consommateurs ou des votants passifs, ou des citoyens actifs
et responsa.bles, car tous sont concernés. Pendant des années on le
leur a dit avec des termes de scientifiques et de techniciens, peu à
peu ils le voient dans l'application humanomécanique de leur vie
quotidienne. Une évaluation américaine parle de 12% de "cyborgs"
physiques aux USA (personnes appareillées d'une manière quelconque)
qui sans doute deviendront toutes informatiquement interactives) et
100 % de cyborgs environnementaux (personnes utilisant des
environnements appareillés : clim, cartes de crédit, vision à
distance par la TV, relations assistées par ordinateur [internet], etc).
jfc
At 13:52 16/12/2012, Patrick Yeu wrote:
On parle ici à juste titre de mémoire. Encore faudrait-il être sûr
de parler de la mémoire et non de sa métaphore technique car cette
dernière renvoie moins au passé qu'à la façon de connaître le
présent. C'est dire qu'elle s'occupe de communication et non
véritablement de transmission dans le temps de valeurs (de nature
morales et non numériques), de souvenirs (contextes inclus), le tout
à la mesure des filtres importants de l'oubli (dimensions
psychologique, sociale ... ) mais aussi de l'intention du moment
tout en tenant compte des attentes et des besoins moins du présent
cette fois que du futur (notion d'engagement et donc de vision
personnelle mais aussi collective, ce collectif renvoyant aux
diverses strates de proximité et donc aussi de distance intégrant la
dimension éducative et donc celle de la transmission intergénérationnelle).
Enlevez tout ça et on se condamne à ne parler plus effectivement que
de résultats de calculs sur des données qui, numérisées sont en tout
premier lieu, désincarnées, placées en apesanteur (cf. infra) car
privées de gravité dans tous les sens du terme... Dans ces
conditions, vouloir parler de mémoire en commençant par exclure tout
ce qui fait la spécificité du genre humain, d'une part, de la vie,
d'autre part, amène à parler de tout sauf d'avenir et donc de sens.
On entre dans une logique toute formelle où tout se tient en
particulier les logiques commerciales. Dès lors, compte tenu de
cette dérive, la vraie question devient celle de savoir : Ça tient,
oui, mais à quoi ? En tout cas, pas à l'intérêt général. Ça ne le
peut plus. D'où la remise en question du sens même d'institutions
comme l'UIT à qui on doit d'avoir su préserver la radio de la
tentative de mainmise exclusive sur l'exploitation de l'invention
par Marconi au moment de l'équipement des navires marchands à la
suite ou peu avant le naufrage du Titanic. Sauf qu'aujourd'hui,
c'est du naufrage de nos sociétés, développées ou pas, dont il s'agit.
Un dessin valant mieux qu'un long discours, je vous suggère de vous
rendre à la page 6 (trois dernières rangées) de l'album d'Hergé,
intitulé "On a marché sur la Lune". Et, en particulier, le premier
dessin de la dernière rangée représentant les Dupondt, en
apesanteur, s'accrochant l'un à l'autre avec vigueur. L'un d'eux
s'exclamant : "Vous pouvez y aller ... Nous nous tenons ! ....
La chute, si je puis dire, et donc la morale de ce post, se trouvant
dans le deuxième dessin de la page suivante, représentant les deux
policiers, bleus et bosses, disant à Wolf, le scientifique de la
bande : "Bizarre ! Nous nous tenions pourtant bien !..". Ce à quoi,
fort pertinemment, Wolf leur répond : "Oui, mais à quoi ?...".
Ce qui renvoie à la question de la fin du deuxième paragraphe de ce
post et plus largement, à ce syndrome contemporain que j'ai appelé
des Dupond, Dupont...
A noter que cette courte séries de dessins a le mérite, moins de la
simplicité, que de la clarté ;o)
Bon dimanche à toutes et tous,
Patrick Yeu
Le 16 déc. 2012 à 01:46, jefsey <[email protected]> a écrit :
> At 19:12 12/12/2012, jefsey wrote:
>> Bien entendu. Et j'ai quelques amis en archéo+linguistique qui
>> auraient aussi des idées utiles - mais peut-être pas le temps en ce
>> moment précis.
>
> Ceci me conduit à la question de la complexité linguistique, à ma
compréhension personnelle de la complexité par la simplification de
la simplicité conduisant à l'intrication des simplexes (compactage)
et à la sémiotique à qui je trouve qu'il manque non seulement une
branche mécalinguistique, multilinguistique et métalinguistique
mais aussi archéolinguistique se préoccupant de la complexité des
languages passés et leur influence métalinguistique sur les langues
actuelles et de leurs possibilités (génie) fonctionnelles ou dans
tel ou tel domaine.
>
>> Pour revenir aux projets (et sortir de la mémoire): j'aimerais
>> développer quelque chose autour des détecteurs "embarqués" de
>> fonctions biologiques (si possible avant les proposants de la
>> coercition comportementale par ce moyen qui vont immanquablement faire
>> surface), et croiser mes premiers pas d'expérimentation personnelle
>> avec une recherche multidisciplinaire autour du cadre éthique, de la
>> nécessaire traduction entre sous cultures technique sanitaire et
>> sociale, etc. "chaud"?
>
> Le problème est le même : celui de la masse des données à
mémoriser puis à traiter de manière cérébrique (mon ionterêt pour
https://www.numenta.com/) pour mettre en évidence des motifs et des
anomalies. C'est là (big data personnelles) que je vois le problème
privé. La mémorisation mondiale double tous les 4 ans (je l'ai lu
quelque part; mais à confirmer la vitesse et s'il y a accélération
de la courbe ou pas).
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