On parle ici à juste titre de mémoire. Encore faudrait-il être sûr de parler de 
la mémoire et non de sa métaphore technique car cette dernière renvoie moins au 
passé qu'à la façon de connaître le présent. C'est dire qu'elle s'occupe de 
communication et non véritablement de transmission dans le temps de valeurs (de 
nature morales et non numériques), de souvenirs (contextes inclus), le tout à 
la mesure des filtres importants de l'oubli (dimensions psychologique, sociale 
... ) mais aussi de l'intention du moment tout en tenant compte des attentes et 
des besoins moins du présent cette fois que du futur (notion d'engagement et 
donc de vision personnelle mais aussi collective, ce collectif renvoyant aux 
diverses strates de proximité et donc aussi de distance intégrant la dimension 
éducative et donc celle de la transmission intergénérationnelle).

Enlevez tout ça et on se condamne à ne parler plus effectivement que de 
résultats de calculs sur des données qui, numérisées sont en tout premier lieu, 
désincarnées, placées en apesanteur (cf. infra) car privées de gravité dans 
tous les sens du terme... Dans ces conditions, vouloir parler de mémoire en 
commençant par exclure tout ce qui fait la spécificité du genre humain, d'une 
part, de la vie, d'autre part, amène à parler de tout sauf d'avenir et donc de 
sens. On entre dans une logique toute formelle où tout se tient en particulier 
les logiques commerciales. Dès lors, compte tenu de cette dérive, la vraie 
question devient celle de savoir : Ça tient, oui, mais à quoi ? En tout cas, 
pas à l'intérêt général. Ça ne le peut plus. D'où la remise en question du sens 
même d'institutions comme l'UIT à qui on doit d'avoir su préserver la radio de 
la tentative de mainmise exclusive sur l'exploitation de l'invention par 
Marconi au moment de l'équipement des navires marchands à la suite ou peu avant 
le naufrage du Titanic. Sauf qu'aujourd'hui, c'est du naufrage de nos sociétés, 
développées ou pas, dont il s'agit.

Un dessin valant mieux qu'un long discours, je vous suggère de vous rendre à la 
page 6 (trois dernières rangées) de l'album d'Hergé, intitulé "On a marché sur 
la Lune". Et, en particulier, le premier dessin de la dernière rangée 
représentant les Dupondt, en apesanteur, s'accrochant l'un à l'autre avec 
vigueur. L'un d'eux s'exclamant : "Vous pouvez y aller ... Nous nous tenons ! 
.... 

La chute, si je puis dire, et donc la morale de ce post, se trouvant dans le 
deuxième dessin de la page suivante, représentant les deux policiers, bleus et 
bosses, disant à Wolf, le scientifique de la bande : "Bizarre ! Nous nous 
tenions pourtant bien !..". Ce à quoi, fort pertinemment, Wolf leur répond : 
"Oui, mais à quoi ?...". 

Ce qui renvoie à la question de la fin du deuxième paragraphe de ce post et 
plus largement, à ce syndrome contemporain que j'ai appelé des Dupond, 
Dupont... 

A noter que cette courte séries de dessins a le mérite, moins de la simplicité, 
que de la clarté ;o)

Bon  dimanche à toutes et tous, 

Patrick Yeu

Le 16 déc. 2012 à 01:46, jefsey <[email protected]> a écrit :

> At 19:12 12/12/2012, jefsey wrote:
>> Bien entendu. Et j'ai quelques amis en archéo+linguistique qui
>> auraient aussi des idées utiles - mais peut-être pas le temps en ce
>> moment précis.
> 
> Ceci me conduit à la question de la complexité linguistique, à ma 
> compréhension personnelle de la complexité par la simplification de la 
> simplicité conduisant à l'intrication des simplexes (compactage) et à la 
> sémiotique à qui je trouve qu'il manque non seulement une branche 
> mécalinguistique, multilinguistique et métalinguistique mais aussi 
> archéolinguistique se préoccupant de la complexité des languages passés et 
> leur influence métalinguistique sur les langues actuelles et de leurs 
> possibilités (génie) fonctionnelles ou dans tel ou tel domaine.
> 
>> Pour revenir aux projets (et sortir de la mémoire): j'aimerais
>> développer quelque chose autour des détecteurs "embarqués" de
>> fonctions biologiques (si possible avant les proposants de la
>> coercition comportementale par ce moyen qui vont immanquablement faire
>> surface), et croiser mes premiers pas d'expérimentation personnelle
>> avec une recherche multidisciplinaire autour du cadre éthique, de la
>> nécessaire traduction entre sous cultures technique sanitaire et
>> sociale, etc. "chaud"?
> 
> Le problème est le même : celui de la masse des données à mémoriser puis à 
> traiter de manière cérébrique (mon ionterêt pour https://www.numenta.com/) 
> pour mettre en évidence des motifs et des anomalies. C'est là (big data 
> personnelles) que je vois le problème privé. La mémorisation mondiale double 
> tous les 4 ans (je l'ai lu quelque part; mais à confirmer la vitesse et s'il 
> y a accélération de la courbe ou pas).
> 
> jfc
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