Le débat se poursuit. Comme il va dans un sens intéressant je l'ai mis sous http://cafedu.com/wiki/Enseignement_cybern%C3%A9tique

MXK a écrit :
Je pense qu'il faut commencer par analyser en termes de fréquence des
évènements par rapport au nombre (+++) de personnes scolarisées.

TOUT le problème est là. Notre cerveau n'est pas aclimaté(?) à, ou fait (?) pour ce que nous lui faisons subir en terme d'accès gradué à la pertinence (1 pour un homme, 7 pour une femme dit-on) et à la complexité (un bougre de saut en avant avec la renormalisation numérique). Le problème est la continuité et le séquencement relationnel : si le cerveau est perdu, il proteste. C'est de l'Alzheimer.

A l'école, trop de choses, trop vite, en même temps; dans la vieillesse un manque de capacité cérébrique (soit par la sclérose ou la maladie, soit par le développement). Il faut sérier les choses. Pour cela il faut catégoriser à partir d'un référentiel simple, si possible commun aux interlocuteurs, et se faciliter les choses avec, entre autres, l'aide de l'ordinateur qui lui ne peut connaître que l'architectonie de l'univers (ensemble des réferentiels que nous utilisons pour le décrire) que nous lui assignons.

C'est pour cela qu'il faut enseigner les nouveaux cerveaux de façon cohérente, un tête bien faite plutôt que bien pleine. On sait mais on n'applique pas, nous sommes quand-même au dessus de cela !

Il serait également intéressant de comparer l'évolution de ces chiffres
avec ceux de la violence dans d'autres environnements - le travail
notamment, la famille...- où la pression augmente.

Oui. Mais cette pressions est sans doute de même ordre, et c'est le manque d'éducation à sa facilitation qui à la fin fait siffler la cocotte. Les vagues de protestation qui parcourent le monde montrent que nous avons besoin d'une soupape planétaire. En général c'est une guerre, mais là problème : on ne peut pas seulement détruire les ennemis - on doit tout détruire. Et ce dans un monde où la richesse est la vie des gens au travail et au marché.

Mes propres souvenirs me ramènent à un environnement dans lequel la
violence sous différentes formes -y compris institutionnelle- était déjà
bien présente.

Oui. Attention toutefois : le ressenti de violence ou d'insécurité semble relative à chacun et à chaque époque. Il est donc difficile aussi de l'apprécier dans l'absolu. Or c'est sans doute la valeur absolue qui est à prendre en compte : l'on dit que les révolutions n'adviennent que dans les pays riches, par exemple.

> Les élèves
> seraient ainsi entraînés à l'e-individualisme de notre société
> anthrobotique et à la maîtrise de la machine, avec des parcours aux
> interfaces plus ou moins ludiques.

Plus on s'avance vers ce futur-là, plus mon ancienne position de
e-enthousiaste s'émousse. Je vois de plus en plus tout ce qu'on est en
train de perdre. Le caractère libératoire me paraît de moins en moins
évident. Je suis en proie au doute.

Attention, attention : il ne s'agit pas de dire que c'est mieux, mais que c'est moins inadapté. Quand je dis que tout vient du nombre, c'est que nous sommes parvenu à un niveau démographique perçu qui fait qu'au lieu d'accroitre notre valeur, les acquaintances nouvelles nous font perdre les anciennes. Nous saturons.

Notre problème est un problème de gestion de notre ressource humaine dans un environnement qui nous (civilisation) est nouveau, mais qui est "normal" au nouveau-né qui n'a pas d'a priori. Si la cybernétique est la science de l'efficacité, elle doit nous aider à trouver ce qui est le plus efficace (le plus facile pour le meilleur résultat).

> L'école actuelle appartient à un
> passé révolu : il s'agissait de dresser les ouvriers des villes à se
> lever à l'heure de la machine tous les matins, comme ils auraient à le
> faire toute leur vie.

C'est tout à fait juste.

Mais on s'achemine vers le même traitement pour les travailleurs du
virtuel - avec la production d'objets utiles en moins, et pas mal de
niveaux de contrôle en plus.

Nous avons eu un tel passage de la tribu de chasseurs aux nomades marchands, aux paysans fermiers. Chaque civilisation éduque ses enfants au comportement et au savoir pour la meilleure efficacité (la survie la plus facile, sauf à être fatigué malingre et ne pas se reproduire par sélection sexuelle ou succomber de sélection naturelle).

> Le bon mot pour qualifier cette forme d'enseignement est l'enseignement
> cybernétique, lancè par Coufignal, lorsqu'il a défini la cybernétique de
> Wiener (ils ont pas mal collaboré, et il a fait que Wiener vienne à
> Paris pour écrire et publier). Les résultats de l'enseignement
> cybernétique sont a priori très prométeurs. Ils sont très efficaces, car
> ce ne sont que les méthodes fondées sur l'analyse des méthodes de
> compréhension, de discernement, de cognition "de toujours" non pas pour
> formater les élèves, mais pour rendre plus efficace l'enseignement du
> professeur dans le contexte de classes plus nombreuses, de programmes
> plus développés.

C'est ça dans l'idéal.

Mais l'application pratique est bien différente. On assiste à
l'émergence de e-tuteurs encore plus e-proletarisés que les pions
d'autrefois, et de systèmes hypercontrôlants dans lesquels la moindre
étape de l'apprentissage est censée être programmée à l'avance.

Cela c'est l'enseignement programmé à la c.. où l'on tente de dresser tout le monde comme des robots, au lieu de mettre les robots à leur service, y compris à leur service d'apprentissage (ex. simulateurs).

Je suis entièrement d'accord avec l'analyse d'e-prolétaires de Bernard Stiegler. Mais attention : c'est toi qui parle de e-tuteurs. Ce dont je parle c'est de profs et de tuteurs et de groupes de discussion en "chaire et en os". C'est à dire d'utiliser la machine comme leur répétiteurs pour ce dont ils s'aquiteraient moins bien en raison des rythmes différents des apprenants. Et de pleinement restaurer et restorer le contact humain pour ce qui compte : la compréhension, la décision et l'énonciation personnelle.

Ca n'a jamais marché comme ça.

On donne trop de poids à un modèle transposé abusivement de la
certification industrielle de produits et promu entre autres par le
processus de Bologne.

ABSOLUMENT !
Ce n'est pas du Wiener mais du Taylor, Ford, Stakanowitz à la sauce Wall-Street+Education Nationale.

> L'une des premières application a été la formation a distance du
> personnel mécanicien d'Air France lors du passage aux Jets sans qu'ils
> n'aient à quitter leurs escales, venant travailler sur les écrans des
> hotesses entre deux départs. La boîte française qui s'est spécialisée
> dans cette démarche a ainsi reçu un témoignage de satisfaction du BIT
> pour avoir formé 30.000 techniciens au Pérou pour un coût ridicule (on
> ne se servait même pas d'ordinateur).

On est bien dans la certification de qualité d'une force de travail
industrielle avec une application très sensible aux accidents
(aéronautique, aérospatiale, nucléaire...) et des procédures hautement
codifiées.

Pour Air France il ne s'agissait pas de certification, mais d'enseignement pour partir des moteurs à piston des Constellations pour arriver aux Caravelles, Boeings, et Concordes, avec des gens locaux, aux langues et acquis différents, dont on ne pouvait pas se passer sur place. Cela a été conduit par Edmond Campagnac que je connaissais très bien et qui m'a passé le document auquel je fais allusion.

Je trouve dans les simples corrigés du bac une courte intro qui donne l'état de ce qu'un étudiant devrait aujourd'hui savoir. http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-cybernetique-166647.html

Souvent donnée en exemple. Je ne connais pas ce projet dans
le détail. Sont-ils arrivés à leurs fins du fait de la méthode employée?
ou en amont, d'une sélection impitoyable, comme souvent en éducation
lorsqu'on nous montre des résultats "trop beaux pour être vrais"?

Le système est simple : c'est celui qui marche depuis toujours. Quand tu veux un type pour faire un boulot huit heures par jour, tu paies un chasseur de tête pour faire une sélection impoyable. Quand tu veux un type pour te sauver la peau au risque de sa vie, tu fais une conscription de tout le monde, et tu te débrouilles pour les former intelligement. C'est à dire que suivant le cas tu leur apprends à se servir des arcs et des flèches et à chasser ce qui va te nourrir, ou à se servir d'un ordinateur pour piquer en bourse ce qui va te permettre d'acheter à manger.

> Il est dommage que cette forme d'enseignement qui a servi à former en un
> temps record des "banzaï" de tous bords dans toutes les armées pendant
> la dernière guerre mondiale et depuis, et aujourd'hui par al Qaida ne
> soit utilisée que par nos adversaires.

Je pense que tu réponds toi-même à ta question là ;-) laisse-moi
reformuler: en temps de "paix", la société (occidentale européenne
française etc.) est-elle organisée comme une armée? comme une entreprise
de l'aéronautique? comme une bande de barbouzes de la CIA? pourquoi
chaque fois qu'on a tenté de lui donner ces caractéristiques-là, à la
recherche de simplification, on s'est fantastiqument planté?

D'expérience, je crois que c'est chaque fois que l'on veut contraindre la complexité à une "simplification" qui n'est pas la sienne, qu'elle soit régimentaire ou soviétique, que l'on se plante. La discipline, pas la bétise, est la force principale des armées. La discipline, qu'elle soit personnelle, scientifique, religieuse ou militaire est le plein accord personnel réfléchi et compris de l'élève avec le maître, ou de l'adjoint avec le chef, quelleque soit la matière et l'intensité forte ou faible de l'implication.

A chaque chose son intensité. Le temps de "paix" se caractèrise par son absence de tension, le temps de guerre par son maximum. Déduction faite de l'incitation, cela ne doit pas modifier les mecanismes d'apprentissage efficace du corps et du cerveau (la mellée convient autant au combat qu'au rugby). Au contraire, en temps de paix, on peut s'imposer des contraintes à soi-même par gout, par jeu, par erreur, qui ne seront pas acceptable en temps de guerre où les atternoiments, les retards, la fatigue inutile sont prohibitifs. Ce qui marche en temps de guerre doit baigner en temps de paix, à commencer par la décontraction. Ce que ne comprennent pas toujours les chefs maladroits, c'est vrai. Mais c'est vrai partout et en tout temps.

> Wiener et Coufignal ont expliqué
> pourquoi la cybernétique et le binaire permettait de conduire des tirs
> efficaces contre les zéros.

Ceci dit, cette guerre-là n'a pas été gagnée avec les canons asservis...
l'enseignement de Stalingrad et des équipes de 4 "liquidateurs" est tout
aussi sinon plus important.

Oui. Cf. phrase suivante de ma citation. Il a fallu motiver les liquidateurs. Il semble d'ailleurs qu'il y ait des applications de la méthode cybernétique à l'automotivation.

Il faut noter que cybernétique veut simplement dire en prise avec la réponse de la réalité. Les dérives glorieuses du cyber-espace sont en partie des abus de langage, sauf que le numérique permet - comme partout - d'avoir une modélisation renormalisée directe de cette réalité. On l'obtient donc aussi à travers le cyber-espace, ce qui est impressionnant. La continuité dynamique de la réalité visuelle sur l'écran par une ligne de téléphone, et l'imagination de la réalité virtuelle par une machine !

Quand on y songe : l'illusion permet de montrer les métadonnées d'une réalité que la vision ne la montre pas.

> Ils ont aussi appliqué leurs méthode
> cybernétique (une fois que j'ai établi le bon retour, je peux passer à
> l'action suivante) aux combattants. Puis aux ouvriers dans les usines,
> jusqu'à ce l'automation l'utilise pour permettre de licencier au profit
> d'automates au lieu des cybermates que tout le monde espérait et des
> télémates que l'on commence à expérimenter en télémedecine ou dans des
> environnements durs (ex. drones) qui sont l'un de mes objectifs en terme
> de support architectural et d'architecture sémantique.
>
> J'ai pu récupérer un exemplaire du manuel d'explication de base. Je ne
> sais pas s'il est encore protégé. Si je le retrouve, il serait
> intéressant de le mettre au goût des moyens du jour (je comptais d'abord
> approfondir l'interopérabilité sémantique théorique, mais si des
> info/psy sont interéssé. L'idée (totalement déflorée dans la conception
> actuelle M$ du téléenseignement) est de permettre au prof de présenter
> son cours et sa vérification constante des connaissances à sa manière et
> à l'élève de suivre et de progresser de façon certaine à sa manière : il
> ne passe à l'idée suivante que s'il a compris la précédente.

Je ne crois pas que le processus de compréhension soit linéaire. C'est
bien plus compliqué que ça, un dialogue constant entre image du monde et
question spécifique, les connexions se font sur le long terme que l'on
appelle expérience.

ABSOLUMENT !!!
Mais dis-toi bien que cela nous est tout nouveau.

Pendant des siècles, notre pénétration de l'univers a été au stade de la logique aristotelicienne (avec des variantes, mais restant au même niveau), c'est à dire de l'enchaînement de la sorite qui caractèrise la raison et conduit à la conclusion à travers deux prémisses. On a systèmatisé cela peu à peu dans la scholastique. Les "lumières" ont fait exploser cela par les mathématiques et le calcul différentiel qui introduisait la cinématique (version Leibnitz, ce que n'avaient pas vu Descartes et Newton) et provoqué la révolution avec les soubresauts mentaux des trois derniers siècles.

Ce que Wiener a apporté avec la cybernétique c'est l'atome de la logique qu'est le cycle action-(énaction)-réaction, c'est à dire la connaissance de la prémisse, c'est à dire la capacité à lier une interrogation sous forme d'action à une réponse sous forme de réaction.

A partir de là, l'on a pu repartir de Leibnitz et s'engager dans la renormalisation numérique du binaire, et faire rentrer l'équalité logique dans une égalité réelle. Problème : ceci se passe au moment où Gödel montre l'incomplétude des mathématiques : les pensées ne sont pas suffisantes pour conclure à partir de leurs propres postulats. Or nous expérimentons que la nature numérisée n'a pas cette limitation de complexité, et nous permet de simplifier la complication apparente à notre cerveau qui peine devant les infinis et les trois corps et plus.

C'est la confluence des logiques de toutes origines, y compris la notre propre à chacun, que j'appelle agorique qui va produire des équilibres stables (prégances) ou instables (saillances) par la réflexion physique ou intellectuelle, que nous identifierons commes des emérgences ou des catastrophes. Notre environnement, ce que nous avons à apprendre est agorique (n-dimensions), notre intelligence est linéairement logique (2 dimensions), notre information est ponctuellement cybernétique (1 dimension).

Mais notre cerveau a plus d'un tour dans son sac pour utiliser ce jeu de dimensions limité d'appréhension et de traitement face aux dimension illimitées de la réalité (comme il le fait, par exemple; avec la vision où nos capteurs ne lui envoient qu'un jeu d'informations restreint dont il rejette la plus grande part par souci d'équilibre dans les niveaux de perception). Il utilise notamment :

- la prédiction pour obtenir l'information entre ce qu'il a prédit (basé sur ce qu'il sait) et ce qu'il perçoit de la réalité. - la modélisation pour, comme tu le dis, pour observer l'ontographie(carte) et l'ontologie (cartouche) qu'il se fait du monde et le "theorise" au sens de le scruter. - l'empathie pour "sentir" par intellition l'information que n'a pas apporté la communication de l'énonciation tierce ou naturelle. - la facilitation de mécanismes externes (procédures, référentiels, discernement et accès au savoir d'autrui) qui vont le simplifier - la compréhension où il va tout relier (objets, sujets et projets) pour obtenir une vision décidable de l'univers qui le caractèrise de manière unique.

Maintenant, à nous adultes compensants, il nous appartient de construire les machines, procédures et référentiels qui vont satisfaire le besoin de construction des cerveaux de nos successeurs - à qui nous laissons des acquis et la dynamique d'une certaine pagaille.

Les (mauvais) profs bloquent leurs étudiants sur un
point particulier du parcours jusqu'à passage sous les fourches caudines
de la "comprehension" prédigérée et prédéféquée, les autres savent
qu'ils auront bien d'autres chances de faire les connexions selon leurs
propres structures mentales et surtout leur pratique. En dernière
analyse, un prof n'est capable que d'installer son propre modèle pour
devenir... prof.

Absolument. Comme il l'a toujours fait "ex cathédra" car l'élève ne peut qu'écouter qu'un chose à la fois (et encore : dans ses bons jours). L'avantage de l'efficacité cybernétique est que si l'on prend le quizz d'un élève on détermine son niveau; si l'on prend tous les quizz sur un point on détermine la capacité du professeur à faire maîtriser ce point.

jfc
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