Max à qui j'avais copié l'envoi initial a répondu des points
importants. Je l'ai mis sur la liste pour qu'il puisse bénéficier des
commentaires éventuels.
La discussion est affichée sous
http://cafedu.com/wiki/Enseignement_cybern%C3%A9tique
Le Taulier
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On 28.09.12 20:43, JFC Morfin wrote:
> Pourquoi, je ne suis pas sûr de vouloir parler de l'écosystème numérique
> dans les écoles. Même si ce texte racolle sans doute un peu, il repose
> sur des faits et des questions des profs.
Je pense qu'il faut commencer par analyser en termes de fréquence des
évènements par rapport au nombre (+++) de personnes scolarisées.
Il serait également intéressant de comparer l'évolution de ces chiffres
avec ceux de la violence dans d'autres environnements - le travail
notamment, la famille...- où la pression augmente.
Mes propres souvenirs me ramènent à un environnement dans lequel la
violence sous différentes formes -y compris institutionnelle- était déjà
bien présente.
>
> Je me demande dans quelle mesure le "téléenseignment" (c'est le mauvais
> mot mais tout le monde en comprend la pratique) à l'école ne serait pas
> une solution. Chacun travaille dans son box avec sa machine, passe ses
> examens contre des quizz, et suis ses notes avec son professeur tuteur
> qui donne des cours particuliers en fonction des cas.
La tendance va dans ce sens, dans la société et pas uniquement dans
l'enseignement. On tente de contenir les explosions en isolant, en
casant dans des compartiments (des cellules?). Cela pose encore le
problème de la "socialisation" (et quel sens peut-elle revêtir de nos
jours?)
>
> Le but est alors la classe individuelle, le parcours à la carte (on
> passe par des unités de valeur sans tenir compte de l'age).
Je suis passé par cette expérience là aussi. Je pense que l'être humain
est parfaitement capable de s'adapter à ces conditions-là, et peut même
en tirer certains bénéfices partiels si on considère que ce qui est à
apprendre est ce qui est véhiculé par les objets à l'écran (ci-devant
les bouquins, on connait ce type de formation depuis le XVIe siècle au
moins et il en est sorti des cerveaux remarquables).
Mais le cerveau est ainsi fait qu'on apprend 24 h sur 24, et pas
uniquement en session de cours. Et la confrontation au monde en dehors
de la cellule, de la classe (dans tous les sens), de l'institution
scolaire est aussi inévitable que nécessaire.
Lorsqu'on est "évalué" par la résolution de quiz ou QCM, on peut devenir
très bon... à la résolution de QCM, cela ne veut rien dire au-delà.
> Les élèves
> seraient ainsi entraînés à l'e-individualisme de notre société
> anthrobotique et à la maîtrise de la machine, avec des parcours aux
> interfaces plus ou moins ludiques.
Plus on s'avance vers ce futur-là, plus mon ancienne position de
e-enthousiaste s'émousse. Je vois de plus en plus tout ce qu'on est en
train de perdre. Le caractère libératoire me paraît de moins en moins
évident. Je suis en proie au doute.
> L'école actuelle appartient à un
> passé révolu : il s'agissait de dresser les ouvriers des villes à se
> lever à l'heure de la machine tous les matins, comme ils auraient à le
> faire toute leur vie.
C'est tout à fait juste.
Mais on s'achemine vers le même traitement pour les travailleurs du
virtuel - avec la production d'objets utiles en moins, et pas mal de
niveaux de contrôle en plus.
>
> Le bon mot pour qualifier cette forme d'enseignement est l'enseignement
> cybernétique, lancè par Coufignal, lorsqu'il a défini la cybernétique de
> Wiener (ils ont pas mal collaboré, et il a fait que Wiener vienne à
> Paris pour écrire et publier). Les résultats de l'enseignement
> cybernétique sont a priori très prométeurs. Ils sont très efficaces, car
> ce ne sont que les méthodes fondées sur l'analyse des méthodes de
> compréhension, de discernement, de cognition "de toujours" non pas pour
> formater les élèves, mais pour rendre plus efficace l'enseignement du
> professeur dans le contexte de classes plus nombreuses, de programmes
> plus développés.
C'est ça dans l'idéal.
Mais l'application pratique est bien différente. On assiste à
l'émergence de e-tuteurs encore plus e-proletarisés que les pions
d'autrefois, et de systèmes hypercontrôlants dans lesquels la moindre
étape de l'apprentissage est censée être programmée à l'avance.
Ca n'a jamais marché comme ça.
On donne trop de poids à un modèle transposé abusivement de la
certification industrielle de produits et promu entre autres par le
processus de Bologne.
> L'une des premières application a été la formation a distance du
> personnel mécanicien d'Air France lors du passage aux Jets sans qu'ils
> n'aient à quitter leurs escales, venant travailler sur les écrans des
> hotesses entre deux départs. La boîte française qui s'est spécialisée
> dans cette démarche a ainsi reçu un témoignage de satisfaction du BIT
> pour avoir formé 30.000 techniciens au Pérou pour un coût ridicule (on
> ne se servait même pas d'ordinateur).
On est bien dans la certification de qualité d'une force de travail
industrielle avec une application très sensible aux accidents
(aéronautique, aérospatiale, nucléaire...) et des procédures hautement
codifiées. Souvent donnée en exemple. Je ne connais pas ce projet dans
le détail. Sont-ils arrivés à leurs fins du fait de la méthode employée?
ou en amont, d'une sélection impitoyable, comme souvent en éducation
lorsqu'on nous montre des résultats "trop beaux pour être vrais"?
> Il est dommage que cette forme d'enseignement qui a servi à former en un
> temps record des "banzaï" de tous bords dans toutes les armées pendant
> la dernière guerre mondiale et depuis, et aujourd'hui par al Qaida ne
> soit utilisée que par nos adversaires.
Je pense que tu réponds toi-même à ta question là ;-) laisse-moi
reformuler: en temps de "paix", la société (occidentale européenne
française etc.) est-elle organisée comme une armée? comme une entreprise
de l'aéronautique? comme une bande de barbouzes de la CIA? pourquoi
chaque fois qu'on a tenté de lui donner ces caractéristiques-là, à la
recherche de simplification, on s'est fantastiqument planté?
> Wiener et Coufignal ont expliqué
> pourquoi la cybernétique et le binaire permettait de conduire des tirs
> efficaces contre les zéros.
Ceci dit, cette guerre-là n'a pas été gagnée avec les canons asservis...
l'enseignement de Stalingrad et des équipes de 4 "liquidateurs" est tout
aussi sinon plus important.
> Ils ont aussi appliqué leurs méthode
> cybernétique (une fois que j'ai établi le bon retour, je peux passer à
> l'action suivante) aux combattants. Puis aux ouvriers dans les usines,
> jusqu'à ce l'automation l'utilise pour permettre de licencier au profit
> d'automates au lieu des cybermates que tout le monde espérait et des
> télémates que l'on commence à expérimenter en télémedecine ou dans des
> environnements durs (ex. drones) qui sont l'un de mes objectifs en terme
> de support architectural et d'architecture sémantique.
>
> J'ai pu récupérer un exemplaire du manuel d'explication de base. Je ne
> sais pas s'il est encore protégé. Si je le retrouve, il serait
> intéressant de le mettre au goût des moyens du jour (je comptais d'abord
> approfondir l'interopérabilité sémantique théorique, mais si des
> info/psy sont interéssé. L'idée (totalement déflorée dans la conception
> actuelle M$ du téléenseignement) est de permettre au prof de présenter
> son cours et sa vérification constante des connaissances à sa manière et
> à l'élève de suivre et de progresser de façon certaine à sa manière : il
> ne passe à l'idée suivante que s'il a compris la précédente.
Je ne crois pas que le processus de compréhension soit linéaire. C'est
bien plus compliqué que ça, un dialogue constant entre image du monde et
question spécifique, les connexions se font sur le long terme que l'on
appelle expérience. Les (mauvais) profs bloquent leurs étudiants sur un
point particulier du parcours jusqu'à passage sous les fourches caudines
de la "comprehension" prédigérée et prédéféquée, les autres savent
qu'ils auront bien d'autres chances de faire les connexions selon leurs
propres structures mentales et surtout leur pratique. En dernière
analyse, un prof n'est capable que d'installer son propre modèle pour
devenir... prof.
MK
> J'avais
> monté un site minitel pour accueillir un cours, en C sous QNX. C'était
> embryonnaire mais cela respectait la méthode suffisament bien selon la
> validation du premier directeur informatique d'Air France qui m'avait
> introduit au sujet.
>
> Si cela intéresse certains ?
> jfc
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