Les questions juridiques de Myriam Criquet et la recherche éperdue de
solutions à la quadrature icannesque du cercle de la globalité
américaine posent sous l'angle de l'agorique une question
intéressante qui est celle du but du droit dont Myrian cherche la
logique interne et les Américains la cybernétique autocritique.
Que cherchent nos Américains ? Ils cherchent une tenségrité
politique, c'est-à-dire une structure autonome, faite de
pouvoirs/contre-pouvoir (définition de la tenségrité par R.B. Fuller
: des ilots de contraintes dans un océan de tension - exemple : les
structures autoporteuses, les squelettes, etc.) : un truc qui tient
tout seul. Que cherchent les juristes ? Ils cherchent à en établir
les lois internes de son équilibre stable par une auto-régulation.
Nous cherchons tous à nous affranchir de façon stable et sûre des
choix externes (divins, humains, mécaniques, intellectuels) pour les
remplacer par nos propres choix.
Toutefois nous avons semble-t-il un petit problème qui est que le
monde où nous vivons n'est pas logique (conséquences linéaires des
causes aux effets) mais agorique (émergence maillée/réciproque mêlant
causes et effets) en raison du petit facteur temps qui est le
déroulement successif (tic-tac) des microétats de l'univers (ex.
physique quantique). Il y a en fait un décalage entre nos choix, nos
actions, et nos perceptions. Nous ne faisons pas ce que nous voulons,
nous voyons que nous avons fait ce que nous avions voulu. Nous savons
maintenant qu'il y a 1/10ème de seconde entre le geste et notre
décision de le faire .... le geste précédant la décision consciente.
Nos "décisions" sont déjà prises et ce que nous prenons pour une
décision est la mise en cohérence intellectuelle de notre être (ce
que nous pensons qu'il est) avec notre existant (ce qu'il fait).
Cette mise en cohérence peut certes nous poser des problèmes
métaphysiques, mais elle nous est d'abord nécessaire à notre survie
physique dont s'inquiète notre entéléchie (la tenségrité physique et
intellectuelle qui nous maintient comme un fait - et que nous
cherchons pour l'ICANN au sein de son univers qui est l'internet).
Nous cherchons donc à nous assurer du comment notre structure va se
tenir toute seule, malgré la diversité des possibilités.
En fait nous cherchons à nous rassurer de ce que les choses ne
pourront pas être autrement que ce que nous voulons. Lorsqu'il s'agit
du cadre de vie général de la cité c'est la loi auto, démo ou
polycratique, lorsqu'il s'agit des relations particulières ce sont
les contrats binaires ou multiples, et lorsque c'est l'univers entier
ce sont les lois de la science corrigées par la norme et la technologie.
Et cela a marché, d'Albert le Grand à Albert Einstein à la sauce de
l'Algaurizin (pour faire court: Abu Abdallah Muhammad ibn Musa
al-Khwaizmi pour les intimes), c'est à dire jusqu'à ce que ce fichu
problème temporel vienne s'immiscer dans la résolution des choses par
des formulations finies, et les infinitiser au-delà de deux corps
(cf. Henri Poincaré).
Nous en sommes là. La constitution française a fait un pas
gigantesque en avant (ou dans le vide ?) pour répondre aux questions
qui se posent en se dotant de la charte de l'environnement. Mine de
rien, en se préoccupant des petites fleurs elle a introduit la
considération non plus seulement des faits passés et présents
(domaine de l'instruction pour laquelle nous avons des juges) mais
des possibles (domaine de l'intellition, c'est-à-dire ce qui fait
sens à partir de ce que l'on sait).
Cela s'appelle le principe de précaution : dans le présent, l'Etat et
chaque citoyen à raison de ses capacités à le faire, doivent parer
aux conséquences futures des choix actuels (technologiques ou autre,
et donc aussi juridiques). En fait nous prenons en compte le droit à
la santé et notre capacité à conditionner notre évolution pour nous
rassurer devant l'avenir, c'est-à-dire ce que nous appelions inconnu
jusqu'à présent, et le droit anglo-saxon continue à appeler les "acts of God".
Ceci nous concerne tous et va de la protection des personnes, des
économies, des propriétés physiques et intellectuelles, à celle des
Etats et de leur souveraineté que l'Etat dominant, dominé par des
puissances digitalofinancières, tente de diluer dans une
partieprenance confuse, où il vise, à travers la guerre globale
normative actuelle, une mondialisation juridictionnelle à laquelle
s'oppose la contre-guerre qu'en fait nous menons - à la fois pour
prévenir une standardisation unique et les guerres de libération
techniques, commerciales ou culturelles qui y répondront ou y répondent déjà.
Le but du droit de "nous rassurer en faisant qu'il ne puisse en être
autrement" grâce aux mécanismes logiques de la loi, est en train de
s'étendre à la complexité agorique de la réalité : nous pointons un
peu plus notre nez hors de la caverne de Platon. En face de cette
complexité maillée, nous trouvons une réponse qui est celle de notre
propre maillage (mariages, familles, alliances, coalitions,
communautés, cultures) que nous structurons par une extension du
droit fondé non plus seulement sur la neutralité commune des textes,
mais adaptée à la spécificité de chacun par la reconnaissance
tempérée de délégations de la capacité des personnes non plus
ponctuelle (sous-traitance) ou permanente (mariage) mais aussi
conditionnelle selon le temps, la situation, les besoins requis. Le
droit jusque là statique s'étend donc à la dynamique du temps et aux
dates (une personne ne s'éteint plus nécessairement à la mort
physique, ou à son atténuation civique), mais aussi - dans notre
société anthropobotique (hommes + bots) - aux machines et aux
processus (gouvernance algorithmique). Avec le problème
supplémentaire de l'espace des mégadonnées à prendre en compte de
façon cohérente alors que nous n'en connaissons encore très peu les
règles de cohérence.
Un sujet intéressant pour l'intellition de la digitalité agorique des
personnes centres de la société de l'information, maîtres de leurs
relations et de leur réseau intersémiotique (support étendu du sens
vers l'intercompréhension ultimement recherchée).
Vous avez dit ICANN ?
jfc
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