Paul Jorion soulève dans un de ses livres sur la crise un double problème concernant la confusion entre consensus et bien commun.

Dans le cas de l'appel contre la RFC 6852 et du débat architectonique de la digisphère que je crois nécessaire (http://architf.org), le rough consensus technique qui se veut une protection a minima du bien commun technique (que cela marche) est dégradé en "broad consensus" (« Processes allow for all views to be considered and addressed, such that agreement can be found across a range of interests »). Il ne s'agit plus que d'un compromis concurrentiel de l'"industry", c'est-à-dire sectoriel. Une entente illégale pour un monopole radical.

Pour se faire une opinion sur le risque encouru, c'est ce même raisonnement qui a présidé aux modélisations économiques erronées de régulation financière. Qu'importe si les modèles et formules de référence étaient faux, du moment qu'ils étaient les mêmes pour tous : ils étaient endossés par des Prix Nobel (pour les avoir produits) et ils étaient les mêmes pour tous. Les règles de transparence de la concurrence étaient respectées. C'est du même acabit que la malheureuse Norvégienne condamnée à 16 mois de prison pour s'être faite violer aux Emirats.

NB. Dans ce qui suit les commensaux sont ici pris comme les adhérents au paradigme, les incommensaux comme les non-adhérents pleiniers.

1. les participants au consensus peuvent se tromper.

L'IETF tente de s'en prémunir par le rough consensus technique à quatre niveaux :

- celui des commensaux (au sein d'un groupe de travail spécialisé sur le sujet traité)
- celui de tous (liste générale)
- celui de la synthèse responsable (approbation de l'IESG) dans le cadre de l'architecture commune
- celui de la sagesse architectonique (appel possible à l'IAB).

2. les incommensaux sont sous/non représentés.

Le consensus est recherché au sein d'une classe (centre d'intérêt intellectuel) ou d'un groupe (centre d'intérêt pratique) qui ne peut être l'ensemble de la communauté, surtout dans le cas du bien commun : ensemble de l'humanité affectée - donc population mondiale actuelle et future. Il y a donc représentation par réunion consensuelle de compétences à représenter (pas d'élection ni de vote : consensus évalué par le modérateur).

Ceci implique nécessairement une non/sous représentation des positions non consensuelles (que l'on observe d'ailleurs aussi bien en démocratie élective qu'en polycratie consensuelle).

3. Il semble donc de bonne gouvernance polycratique que les positions soient exprimées par des multiconsensus, c'est-à-dire un consensus sur la bonne présentation des divers consensus reconnus concernant le fond, leurs maillages et leurs prises en compte (expression sous-consensuelle des positions conflictuelles, prescription de certaines, conditions de vivre ensemble, ou proscription des autres).

jfc


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