Bonjour
Louis Pouzin n’a rien interdit. Le ministère l’a bloqué pour permettre que 
Transpac (France Telecom) puisse émerger. J ai eu des démonstrations pratiques 
de Cyclade du temps de la CII. Le système était en avance car il y avait déjà 
la technique du datagram incluse. Des Universite avait été connectées entre 
elles avec Cyclade.

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De : comptoir <[email protected]> de la part de Jefsey 
<[email protected]>
Envoyé : Friday, November 15, 2019 7:26:08 PM
À : [email protected] <[email protected]>
Objet : Bernard Benhamou sur Atlantico : Maîtres des données personnelles

Un papier intéressant de Bernard Benhamou.

Toutefois il sera difficile de bien poser les problèmes tant que l'on restera 
dans le flou qui est le biais architectural/économique de l'internet. Celui-ci 
se présente comme un réseau global, mais il est en fait le réseau télématique 
des GAFGovs/BATIX, mode Vint Cerf+Bob Kahn.

Pour avoir été le premier à en connaître l'impact (Louis Pouzin, devant nous 
refuser en 1978, la connexion de Cyclades au catenet international public pour 
cause du lancement de la télématique d'Etat française ; en autorisant 
techniquement le raccordement de l'internet de l'Etat américain à ce catenet 
public mondial - 56 pays - en 1984) je suis "mal payé" depuis pour savoir que 
le prérequis à toute solution est une prise de conscience par la multitude 
humaine de la nature "réticulaire (en fait, interligentielle : tout est 
interlié") de la Raison elle-même en contexte complexe et agorique (tout le 
monde se concerte avec tout le monde via le réseau des réseaux).

Ce qu'Olivier Aubert a mis en lumière avec l'anoptikon et la quête corollaire 
de l'"être" et de l'"état en réseau" (faisant fort intelligemment poser 
l'analogie de la kénose du Père par Philippe Quéau). C'est la nature 
diktyologique de la nature ainsi dénommée par Paul Mathias (quelqu'un a-t-il 
son email ? Il ne répond plus au comptoir).

Pour que le monde le perçoive, il faut un conflit d'intérêts visible entre les 
GAFGovs et la multitude (le peuple c'est la multitude visible à travers 
l'organisation de l'Etat) où la multitude ne subisse pas, comme pour les Gilets 
Jaunes, mais puisse réagir de façon constructive et progressivement puissante. 
Ceci s'appelle "avec bon sens" : et aujourd'hui sapience partagée entre 
capacités individuelles, lorsqu'on se met à la multimatique ("tous à tous" et 
non plus "asservis-plateformes").

La difficulté est que nous avons les concepts (fonctionnels), les outils 
(applications) et le catenet (internet en tant que transporteur). Mais nous 
n'avons pas (encore) les pionniers développeurs/designeurs libres. Ensuite, il 
faudra que la manière de penser apprise sur le tas de l'interligence digitale 
nous serve d'éducateur quant à la manière dont fonctionne la pensée, la manière 
de voter, et la gouvernance adaptée. Avec face à nous tout l'e-commerce des 
vendeurs et acheteurs télématisés. C'est pourquoi il nous faut des communautés 
pilotes (globales au sens de la 'RFC 6852<http://tools.ietf.org/html/rfc6852>), 
ayant le besoin (je vois les séniors, peut-être les petites collectivités) ou 
capables (je vois la recherche "hors mur" citoyenne - la recherche à parité de 
compétence ou supérieure à la recherche institutionnelle [telle qu'identifiée 
par les Académies des Sciences du G7]). Qui sait .... survivrons-nous peut-être 
à la gougle ?

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Ce que Margrethe Vestager ne semble pas comprendre à la phase 2 de la conquête 
du monde par les GAFAM

Les grandes entreprises des technologies du numérique comme Google ou Amazon 
investissent de plus en plus dans la santé, la banque ou bien encore 
l'assurance. Margrethe Vestager, la commissaire européenne en charge de la 
concurrence, tente de lutter contre l'emprise des GAFAM.

En une semaine, nous apprenons que Google développe des plans très sérieux tant 
au niveau des traitements de données de santé qu’au niveau des services 
bancaires. Les grandes entreprises des technologies du numérique, couramment 
associées sous l’appellation de GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, 
Microsoft), semblent lancer dans une course inédite à l’extension de leur 
pouvoir en investissant les domaines de la santé, de l’assurance, et de la 
banque.

Atlantico.fr : Peut-on distinguer des périodes dans les politiques des grandes 
entreprises du numériques : une première où ces dernières se concentreraient 
sur leurs plateformes et l'acquisition de monopoles ; et une seconde, actuelle, 
où elles amorceraient une diversification vers la banque et la santé ?

Bernard Benhamou : Amazon donne un exemple un peu plus nuancé que ce découpage. 
En effet, très vite l'entreprise a développé une activité technologique à côté 
de leur place de marché, autour du "cloud" avec Amazon Web Services. Donc on ne 
peut pas considérer une coupure aussi nette. Il y a eu d'autres époques 
antérieures où il y avait des "Pure Player", des structures qui n'étaient que 
dans le domaine informatique, avec IBM puis Microsoft, qui étaient les géants 
de l'informatique, et ont souhaité eux aussi très tôt se diversifier. Je 
rappelle par exemple que Microsoft avait tenté à son époque de rentrer dans le 
domaine des services financiers et en avait été très vite dissuadé par les 
réactions du secteur bancaire et ses relais. À l’époque, il s'agissait du 
rachat de la société Intuit avec son logiciel Quicken, qui a été empêché par le 
ministère de la Justice des États-Unis. C'est donc intéressant de voir qu'il y 
a déjà eu des précédents. On avait bien compris que le secteur informatique, 
pour aussi important qu'il soit, ne résumait pas l'action de ces sociétés : 
c'est désormais vrai pour quasiment toutes les grandes sociétés technologiques. 
Cela dépasse les GAFAM : globalement, l'ensemble des sociétés technologiques 
ont vocations à - selon le terme qu'on utilisait il y a quelque temps - à 
pivoter, ou à se redistribuer sur d'autres secteurs.

Dans le cas spécifique de Google, Facebook, par exemple, leur puissance de 
frappe via leurs monopoles sur l'acquisition d'un grand nombre de données 
sensibles, ne doit-elle pas inquiéter vis-à-vis de leurs ambitions à s'étendre 
à d'autres domaines ? Avec un risque d'augmenter encore plus leurs pouvoirs ?

C'est, à mon avis, totalement vrai. Je vous citerai comme exemple la ville de 
Toronto. La ville de Toronto a laissé à Google le soin d'organiser la ville 
intelligente du Waterfront district. Il y a quelques jours on a découvert des 
documents de "SideWalk". la filiale de Google qui évoquaient une reprise en 
main d'une partie des services publics, y compris des "punitions" infligées aux 
citoyens, faisant preuve d'une volonté qui est quasiment de nature politique. 
On peut citer l'ancien patron de Google, Éric Schmidt, qui avait écrit dans son 
livre, La nouvelle ère digitale : "Les États sont lents et incompétents, nous 
avons vocation à les remplacer". À l’époque ça n'avait pas fait énormément de 
bruit. Maintenant on se rend compte qu'une société comme Google représente un 
vrai risque d'ubérisation pour l'État lui-même, et pas uniquement pour tel ou 
tel secteur industriel. C'est l'État en tant que tel, avec ses prérogatives 
régaliennes, évidemment avec la monnaie mais aussi pour la sécurité ou encore 
la santé, qui est face à un risque de substitution, avec en particulier les 
nouvelles technologies de l'intelligence artificielle. C'est là où se pose un 
véritable problème politique de souveraineté. Il est évident que nous, citoyens 
de sociétés démocratiques, aurons à nous prononcer sur ce que ces sociétés 
peuvent ou ne peuvent pas faire.

Indépendamment même des actions en concurrence, par exemple, pour savoir si le 
rachat de WhatsApp ou Instagram par Facebook aurait dû être bloqué (ce que même 
les Européens admettent aujourd’hui). L'économiste en chef du département de la 
concurrence à Bruxelles avait reconnu je cite "s'être fait avoir" dans le cadre 
de ce rachat. Il y a donc deux problèmes : celui de la gestion de la 
concurrence ; et celui du risque de l'ubérisation de l'État, qui renvoie à un 
ancien concept, celui du risque de démembrement de l'État. Et je pense que 
là-dessus, il y a un véritable risque de substitutions de grands groupes 
technologiques à des missions essentielles de l'État en particulier dans le 
domaine de la couverture sociale.

Dans ce cas-là comment poser une limite ? Ces grandes entreprises n'ont-elles 
pas vocation à toujours grandir ? Il semble difficile de leur interdire un 
droit à continuer leur croissance ?

Non, je ne suis pas d'accord avec cette idée d'un droit à croître indéfiniment. 
Souvenons-nous que le droit antitrust, le Sherman Act aux États-Unis, est né de 
la volonté d'éviter effectivement qu'un acteur économique avec un monopole 
sectoriel, n'aboutisse à un monopole et à une hégémonie dans d'autres secteurs. 
C'est le cas plus récemment lorsqu'on a fragmenté la société AT&T Corporation 
dans les années quatre-vingt, parce qu'ils avaient un monopole important sur 
les télécommunications aux États-Unis. L'objectif de la législation antitrust 
est d'éviter l'effet domino d'un monopole d’un secteur vers d'autres. Les États 
ont jusque-là manqué de volonté politique par rapport aux acteurs 
technologiques, alors que les instruments existaient et existent toujours. 
Lorsque l'Europe avait décidé d'empêcher le rapprochement, dans les années 
2000, de Général Electric et Honeywell dans le secteur des turbines d'avion, 
elle avait bien bloqué une fusion entre deux entreprises américaines ! Et le 
rapprochement avait été bloqué du fait d'une décision européenne. L'argument 
selon lequel les grandes sociétés numériques seraient plus agiles et plus 
rapides, et que par conséquent, il serait impossible d'envisager ce genre de 
mesures conservatoires, avant même que l'on ait conclu une enquête, me paraît 
faux. Il n'est en pratique pas du tout impossible d'intervenir pour bloquer le 
rapprochement de deux structures du numérique.

Mais ne risque-t-on pas en se focalisant sur les entreprises américaines 
d'oublier qu'il y a aussi la concurrence des géants chinois, qui eux, semblent 
beaucoup difficiles à réguler encore que les GAFAM ?

Je pense que la même chose doit être dit et fait vis-à-vis des sociétés 
chinoises. L'argument que l'on entend, y compris dans les sphères 
gouvernementales, qui consisterait à dire, "sanctionner les GAFAM (Google, 
Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) serait faire le jeu des BATIX (Baidu, 
Alibaba, Tencent et Xiaomi)", est un argument faux. Ces entreprises ont besoin 
du marché européen qui reste l'un des premiers, si ce n'est le premier marché 
en valeur dans ces domaines. Nous n'avons aucune raison donc d'avoir un 
traitement différencié dans ces domaines.

Donc d'un point de vue pratique, comment cela pourrait-il se concrétiser ? 
Pourrait-on aller jusqu'à un démantèlement comme proposé par Margrethe 
Vestager, la commissaire européenne en charge de la concurrence ?

Évidemment, c'est très différent entre les États-Unis et la Chine. La Chine 
participe à une économie qui est très contrôlée par l'État, et les règles, 
notamment monétaires, y sont profondément inéquitables du point de vue du 
commerce international. Mais à défaut de pouvoir empêcher X ou Y société 
chinoise de fusionner, ce qui en effet serait plus complexe - et je ne suis pas 
sûr qu'on en ait les instruments pour - ; au moins empêcher l'accès à certains 
marchés à ces entreprises serait tout à fait possible. Ce n'est encore qu'une 
question de volonté et de « muscles » politiques.

Quant aux déclarations sur un possible démantèlement de Margrethe Vestager, 
j'aurais préféré que l'on n'ait pas à s'en préoccuper, en s'en préoccupant 
avant et plus en amont ! Je vous invite à regarder deux chronologies parallèles 
: la première concerne les sanctions imposées à Google. Les faits reprochés à 
Google remontent pour certains d'entre eux à plus de dix ans. Il se trouve en 
effet que la procédure a été extraordinairement longue, avec toutes les formes 
de mesures dilatoires utilisées par les avocats de cette grande société pour 
éviter d'être sanctionné et reporter le plus loin possible l'application de la 
sanction. Et de l'autre côté, vous avez Libra, l'initiative de Facebook pour 
construire une crypto monnaie, soutenue à ses débuts par de grands acteurs 
bancaires - Visa, Mastercard, Paypal, et quelques autres-, là vous observez que 
le jour même où le projet a été annoncé, l'ensemble des autorités 
gouvernementales et des banques centrales, européennes et américaines, se sont 
levées pour dire que cela posait un problème majeur de souveraineté. Elles ont 
même avancé qu'elles seraient obligées de réguler si ce n'est d'empêcher que 
cette initiative aboutisse.

Dans ce cas-là, et on peut le voir avec le retrait progressif des sponsors de 
l'initiative, il est probable que le projet Libra tel qu'il a été prévu ne 
pourra pas exister en l'état. Alors, est-ce qu'ils rebaptiseront le projet pour 
donner l'impression de ne pas perdre la face ? Cela est tout à fait possible, 
mais on voit bien que dans un cas on a une réaction immédiate face à une menace 
immédiate de souveraineté, tandis qu'avec Google, il y a eu des tergiversations 
sur les abus de position dominante, et sur les enquêtes à mener. Cette 
comparaison doit nous inspirer sur les temps à venir pour réagir rapidement et 
sans attendre. Quand il s'agit de données aussi sensibles, que celles liées à 
la santé, à la protection sociale, ou encore à la banque, nous n'avons aucune 
raison de laisser ces acteurs avoir un rôle de destruction non-créatrice dans 
ces domaines.

Donc outre la limite en terme de taille, il y a une limite aussi éthique dans 
les secteurs concernés par l’usage du numérique ?

Oui, la taille ça été très bien étudié dans un livre de Tim Wu, The Curse of 
Bigness. Mais je crois que la taille n'est pas le seul problème : il y a un 
problème de danger démocratique et politique quand ces entreprises peuvent 
s'approcher de certains secteurs. L'affaire Cambridge Analytica en donne un bon 
exemple. Cette affaire est en effet liée aux conséquences d’une forme de 
complaisance vis-à-vis de sociétés comme Facebook : or ce risque était 
prévisible. Penser qu'une société, dont le modèle économique est lié à 
l’accumulation des données, pourrait se refréner quant à l'usage de ses 
données, et pourrait empêcher des usages déviants comme cela s’est produit dans 
la période récente, était faire preuve d'une grande naïveté. Je crois que là 
encore les risques démocratiques ne se concentrent pas seulement pendant les 
campagnes électorales, mais aussi sur la manipulation permanente des opinions 
publiques - comme cela est très bien expliqué dans le livre de Shoshana Zuboff, 
Le capitalisme de surveillance. C'est quelque chose qui doit nous interroger. 
Aujourd'hui ce n’est que parce qu'il était question du fonctionnement 
électoral, que les acteurs politiques se sont réveillés. Mais cette prise de 
conscience doit aller beaucoup plus loin !

La manipulation que permettent les données, et que ces plateformes recueillent, 
de manière très large, et qui sont agglomérées, par exemple dans les sociétés 
qu'on appelle les data brokers, constitue un danger pour l'ensemble du 
fonctionnement des débats publics, bien au-delà des seules périodes 
électorales. La loi française qui se concentre seulement sur la lutte contre 
les fake news en période électorale, est de ce point de vue, très insuffisante. 
Il faut une attitude et une doctrine qui aille jusqu'aux fondamentaux de notre 
société : en effet lorsque l’on détient autant d'informations sur autant de 
personnes - plusieurs milliers de paramètres sur chaque individu - on peut 
deviner, on peut déduire, et ensuite on peut les manipuler d'une manière 
infiniment précise ! Bien au-delà de ce qui a été fait par Cambridge Analytica, 
qui n'a été probablement qu'une première étape artisanale des stratégies de 
manipulation de masse.

Mais comment faire en sorte que les hommes politiques eux-mêmes n'aient pas la 
volonté de déléguer des services publics à ces entreprises privées du numérique 
?

Cela se résume très facilement, par une tribune qui avait été publiée par le 
Guardian à l'époque, à propos de la délégation d'une responsabilité politique à 
Google pour la ville de Toronto. Le propos était de dire : le patron de Google 
n'a pas été élu, il n'y a pas de raison pour qu'il ait une responsabilité 
politique sur le fonctionnement de notre ville. Il y a un conflit de légitimité 
: ces entreprises ne sont redevables que devant leurs actionnaires ; elles ne 
sont pas redevables devant leurs usagers. Car pour Facebook le client, c'est 
avant tout l’entreprise qui achète de la publicité ; Facebook se comportant 
comme une régie. Donc par définition, ils sont redevables d'abord devant leurs 
clients, devant leurs actionnaires, et ensuite ils sont très marginalement 
responsables devant les citoyens. C'est un ordre de priorité qui doit changer 
et qui doit changer vite.

Les données de santé ne sont-elles pas un bon exemple de ce risque ?

Les données de santé sont un des domaines d'extension prioritaire des GAFAM, 
mais pas sur le plan où on pourrait le penser. C'est-à-dire qu’ils ne se 
focalisent pas sur l'innovation technologique médicale en tant que telle ; leur 
but n'étant pas de se substituer aux acteurs de la santé, mais bien plus de se 
substituer au secteur dit prudentiel de la banque et de l'assurance qui serait 
pour eux infiniment plus rentable. Ils cherchent à produire des technologies 
qui éviteront que les gens ne tombent malades. En anglais, on dit que l'on 
passe du « cure » au « care ».

On déplace le centre de gravité de l'économie de la santé vers la prévention et 
on peut au passage, selon un rapport de Goldman Sachs 2015, économiser jusqu'à 
10 % de l'ensemble de la dépense de santé, grâce à des mesures de prévention 
que peuvent permettre les technologies, les objets connectés, et autres 
dispositifs, capables de détecter très tôt et très vite des pathologies, avant 
qu'elles ne deviennent très coûteuses à soigner. On vise à empêcher que les 
gens ne tombent malades. Il y a des études qui montrent que 50 % des cancers 
sont liés à des causes - au sens large - environnementales, c'est-à-dire, 
comportementales, diététiques, etc. Donc des causes qui sont évitables. 
Aujourd'hui avec les nouvelles technologies qui offrent la possibilité de 
connaître puis de modifier les comportements individuels minute par minute, 
comme la montre, le téléphone, et bien d'autres capteurs dans les maisons, les 
automobiles, et ailleurs, on devient capable d'orienter et d'influencer le 
comportement individuel à une très grande échelle. Le rêve de sociétés 
totalitaires, qui était de pouvoir rentrer dans les plus intimes actions et 
pensées d'une personne, devient possible. Avec là encore tous les risques de 
contrôle social, tel qu'on peut le voir en Chine, avec par exemple ce sinistre 
système de Crédit social, donnant accès ou pas à certains services. Ceci 
constituera l’un des éléments « durs » de la confrontation des sociétés 
démocratiques face aux GAFAM.

Pour l'Europe, ces technologies de la santé constituent aussi une opportunité 
de rebond, parce qu'on a justement un savoir-faire et une tradition de soin et 
de protection des individus. Mais c'est aussi un risque de dérive si l’on ne 
maîtrise pas politiquement ces acteurs : car ceux-ci peuvent prendre pied dans 
ces secteurs rapidement en apportant des promesses de rationalisation des 
coûts… Apple a déjà ses propres cliniques, et cette société avance très vite 
dans ce secteur. Ils sont aussi des acteurs du paiement via Apple Pay. 
Récemment, il y a eu un scandale justement sur leur système de carte de crédit, 
l'Apple Card, qui prenait en compte des informations privées, et accordait 
moins de possibilités de crédit aux femmes qu'aux hommes. Le problème était de 
comprendre pourquoi l'algorithme fonctionnait comme cela ; car même le 
cofondateur d'Apple, Steve Wozniak, a fait lui-même l'expérience de cette 
discrimination bancaire avec sa femme. Le risque est alors celui de la 
généralisation de la discrimination algorithmique.

Toutes ces questions requièrent une plus grande vigilance et une exigence de 
transparence, qui actuellement n'existent pas, face à ces acteurs. C'est la 
transparence par rapport au fonctionnement algorithmique qui est en jeu 
d'abord, même si cela reste complexe, car les systèmes d'intelligence 
artificielle sont difficiles à analyser ou à auditer. Mais pour revenir aux 
fondamentaux, il ne faut pas que les citoyens puissent être soumis à leur insu 
à des discriminations par des algorithmes qui se comporteraient comme autant de 
« Boîtes Noires » pour reprendre l’expression de Frank Pasquale. On est là face 
à des questions qui sont essentiellement et fondamentalement politiques et qui 
exigent là encore des réponses politiques et démocratiques.
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