En réponse à l'article de Pierre-Marie Vidal d'Acteurs Publics, https://www.acteurspublics.com/2019/01/08/gafam-free-la-troisieme-voie je vien de lui envoyer la lettre suivante.

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Cher Monsieur,

Merci de votre aricle en référence.

je suis un pionnier (depuis 1978) de ce que le militaro-industriel (McDonnell Douglas, 1986) a stratégiquement réduit à l'internet en proscrivant peu à peu l'IPSS (système international des opérateurs publics des services à commutation de paquets, 1977/1990) la "troisième solution" que vous espérez.Elle était notre (INRIA/Tymshare) solution initiale, mondiale (ISO), publique (PTT) et de chacun (ordinateurs personnels), que les USA allaient ne plus pouvoir contrôler et qu'ils ont ingénieusement fait oublier (mais la nature des choses est têtue).

Concrètement, ce qui se passe actuellement, pile-poil à l'heure annoncée, c'est la singularité technologique : big-data, gilets jaunes, cobocratie, "assistants personnels", grand débat, etc. dont on (cf. Raymond Kurzweil) nous a rebattu les oreilles comme le moment où "les ordinateurs" prendraient le pas sur les proto-posthumains. Nous pouvons la jouer de deux façons :
   * primauté au profit par le "Big Google"
* ou rebond sociétal en rendant la primauté au bien commun ("Common Good") ... en y réintégrant le profit. Nous avons tous été éduqués dans le contexte philosophique, politique, technologique de la seule logique dialectique et de sa protection hiérarchique. Depuis plus d'un siècle (en fait cinq, préparation de Westphalie : Spinoza vs Hobbes) nous nous accoutumons - avec peine, car le changement d'horizon (s'ouvrant du profond à la multitude - Poincaré, Einstein, Turing, Pouzin ...) est grand - à deux autres contextes en débordement : * celui de la complexité polylectique (que l'on appelle agorique de la multitude, en souvenir de l'Agora d'Athènes où son premier pas a été la démocratie)
   * et celui de l'autonomie monolectique (cybernétique).
C'est l'angoisse commune d'un nouveau mode de tout penser, non encore maîtrisé (le fameux changement de paradigme), qui s'instaure et qui demande de revoir le service de l'Etat de façon plus large (il doit s'étendre à tous les acteurs publics réels). Sinon notre co-défense est reprise peu à peu par l'industriel en raison des contraintes pratiques à assumer et des grands profits possibles ("huge bounty" dit la RFC 6852 - standard internet - qui définit le paradigme de standardisation actuel). Jusqu'à ce que la multitude, anarchiquement d'abord, impose sa nouvelle pratique ou se fatigue jusqu'à la prochaine fois.

Je disais que la solution est dans le mariage nécessaire du profit et du bien commun : le problème est que cela conduit à l'idée de "profit commun" et qu'elle ne peut venir de Google, car si le propos n'est pas de réduire le profit de Google (au contraire), il est celui du profit de la « multitude des chacuns de nous » (dont, inter-pares, le stakeholder, comme nous tous, Google).

Le sujet n'est pas le partage télématique (centralisé) des données numériques, mais celui multimatique (maillé) du réseau médiatique. Ceci s'appelle la "glocalité" : chacun contrôle localement sa propre globalité mondiale pour "polyloguer" avec qui il veut, dans un contexte de neutralité non seulement digitale (technologie), mais aussi numérique (sémantique) des moyens et référentiels communs, et surtout nomologiques (lois juridiques et scientifiques, règles mondiales, langages communs, etc.) Nous voyons les effets de la perte de cette neutralité nomologique à travers l'exemple des "réseaux sociaux" qui forment tout sauf un réseau comportementalement neutre.

Que faire ? C'est à vous de le dire ! Et d'en tirer profit !

Comment ? Par exemple en organisant un colloque "Acteurs et Multitude Publiques" : peu croient à la neutralité ou à l'influence réelle sur l'action du gouvernement du "coup de com du débat public". Offrez-vous le luxe de notoriété (et de retombées) de nous permettre d'analyser en quoi ce débat, même s'il n'influençait pas le gouvernement, va certainement aider à l'émergence d'une nouvelle nation française : qui doit maîtriser non pas seulement ses "GooglOKs", mais aussi, et d'abord, l'e-compagnonnage personnel dans une société devenant "anthropobotiquement" mature. Par exemple par un API national standardisé Dinsic/AFNOR soumis à consensus d'initiative concitoyenne. Une extension de la langue française ; qu'à nouveau le monde nous copierait ?

Réconcilier Machiavel, Louis XIV, Hobbes et Spinoza ! Vous avez les données et les moyens humains pour cela : la balle de votre "GAFAMfree" est dans votre camp ! Ou nous (concitoyens) pouvons nous y mettre .... sans doute moins efficacement.

Très cordialement.
jfcm
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