J'aime bien les analyses "contradictoires" d'Atlantico car elles
décrivent assez bien le "buzz bobo" auquel nous sommes confrontés.
Celle-ci est typique entre :
- Laurent Alexandre , chirurgien diplômé de Science Po, d'HEC et de
l'ENA, Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo et développeur
d'une société de séquençage de l'ADN.
- Vincent Pinte Deregnaucourt, professeur à l'Institut Poly
Informatique de Paris et consultant et « expert scientifique » pour
le R&D de PME, lauréat du Prix de l'Innovation Digitale, « Entreprise
optimisée ».
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Note : Il est de plus en plus clair que l'histoire de la pensée
humaine est techniquement marquée par trois écoles de penseurs qui
constituent les « singularités » de l'humanité pour avoir identifié
les points de non-retour sans lesquels la suite aurait été impossible :
- Démocrite qui a discerné la discontinuité de l'univers par
l'insécabilité minimale confirmée par Plank en 1900 et toute la
physique quantique.
- Aristote qui a su comprendre la continuité de la pensée par
l'enchainement syllogistique dans le cadre dialectique de la logique
du tiers exclu résolvant l'opposition de l'idée de Platon à l'atome
de Démocrite.
- Louis Pouzin qui fournit la synthèse par le « réseau des réseaux »
assorti du datagramme (initialement introduit comme le « PSN des PSN
») : tout dans l'univers est réseau de réseaux sauf le « gramme » de
l'insécable qui en est la node ultime.
-- Ce qu'Ann et Norman Hardy ont appliqué dans l'approche «
agorique » (adjectif) de l'informatique distribuée de Tymshare et de
son réseau Tymnet, pour nous une première observation pratique de l'
« agorique », c'est-à-dire le cadre polylectique des tiers maillés.
-- Ce que Vint Cerf a généralisé en traduisant le « local » anglais à
la manière du « global » français (le tout supérieur à la somme de
ses parties d'Aristote) comme étant ce qui appartient au réseau considéré.
Le « post-humain » du Transhumanisme est donc une chose du passé que
nous conjuguons au présent et qui nous ouvre sans aucun doute des
possibilités bien plus étendues que nous ne le savions. L'effet
journalistique de Kurzweil, hérité de Doug Engelbart, résulte de la
confusion entre promesses du futur et avenir du possible :
c'est-à-dire entre la nouveauté considérée à partir de ce moment
comme une augmentation de nos capacités disruptivement merveilleuse,
alors qu'elle est une réduction de leur possible, ouvert il y a 14,5
milliards d'années, selon l'exploration d'extensions en extensions
concrètes qui nous a permis de l'affiner au cours de notre
progression historique.
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Atlantico : Ray Kurzweil a théorisé la loi du retour accéléré. Elle
fait écho à la loi de Moore du nom du co-fondateur d'Intel qui
affirmait en 1965 que la puissance des ordinateurs allait croître de
manière exponentielle. Que signifie la loi du retour accéléré ?
Comment fonctionne-t-elle ?
Laurent Alexandre : C'est une extension de la loi de Moore à toutes
les technologies liées aux nanotechnologies, aux biotechnologies, à
l'informatique et aux sciences cognitives (les NBIC). Elle consiste à
dire que toutes les activités humaines vont croitre dans les
décennies qui viennent de façon absolument explosive comme la
puissance des ordinateurs a cru de manière explosive depuis 1965. A
son époque, Gordon Moore estimait que sa loi s'arrêterait en 1975.
Or, en 2015 elle tient toujours. On a toujours une progression
exponentielle de la puissance des microprocesseurs.
Ray Kurzweil et les transhumanistes sont persuadés que les lois
identiques à cette loi de Moore sont en train d'émerger dans les
sciences du cerveau, dans les nanotechnologies, dans le séquençage et
la manipulation de l'ADN
L'idée c'est que l'évolution des capacités
humaines suit une succession de courbes exponentielles. Il s'agit de
courbes qui montent à la verticale et de plus en plus vite.
Concrètement, la loi du retour accéléré donne un pouvoir à l'homme
qui devient quasi illimité sur son cerveau et sur la matière.
On observe déjà cette courbe exponentielle en génétique. Le coût du
séquençage ADN s'effondre. Il a été divisé par 3 millions en 10 ans.
On séquence de plus en plus vite et de moins en moins cher. Dans le
domaine des modifications de l'ADN, on a aussi une courbe
exponentielle puisque le coût de la manipulation de l'ADN a été
divisé par 10 000 en 7 ans.
Dans le domaine des nanotechnologies, nous en sommes au tout début
donc il est difficile de dire s'il y a une courbe de même nature qui
est en train d'apparaitre. Idem dans les sciences du cerveau. Mais
Ray Kurzweil est persuadé que dans les nanotechnologies et dans ces
sciences du cerveau on va voir apparaître la même explosion des
capacités technologiques.
Vincent Pinte Deregnaucourt : Les "Lois de" sont des objets
empiriques, mais au demeurant scientifiques, qui permettent de
théoriser des concepts. La loi de Moore la plus connue (car il y en a
en fait 3) postule ainsi que tous les 18 mois, le nombre de
transistors dans les microprocesseurs doublent. Et depuis près de 50
ans, cette loi ne se dément pas.
Ray Kurzweil, le "Grand Manitou du Futur" chez Google a ainsi
récemment postulé une loi, celle du "retour accéléré". Celui-ci étend
en fait, la loi de Moore en l'incorporant dans sa propre loi : il
valide cette dernière et postule que les conséquences sont elles même
exponentielles. Par exemple, l'informatique s'est développée de
manière exponentielle. La biologie a bénéficié de l'informatique "à
plein rendement", et donc se développe également de façon
exponentielle. Ainsi, si l'on prend le tout premier séquençage de
l'ADN (dont on pensait encore en 1985 qu'il serait impossible), il
aura coûté 3 milliards de dollars, sollicité 20 000 chercheurs et
duré 13 ans pour aboutir en 2003. En 2007, nous étions déjà à 1,5
million de dollars et nous sommes désormais sous les 1000 dollars en
2013. Il n'y a pas de raison de croire que nous ne serons pas sous
les 5 dollars dans un avenir proche.
Cette loi pourrait s'énoncer sous une forme plus explicite :
l'utilisation de technologiques dont la croissance est exponentielle,
permet, lorsqu'elle est le moyen d'étude d'un sujet, de faire
progresser la connaissance dudit sujet de façon également exponentielle.
Bien évidemment, le caractère exponentiel de ces changements, qui est
une première dans l'histoire de l'humanité, change toute la donne, y
compris en terme de civilisation. Imaginez par exemple que demain il
n'y ait tout simplement plus de maladie. C'est d'ailleurs ce qui va
se produire d'ici 5, 10 ou 30 ans. Demain, donc ! Que fera-t-on des
centaines de milliers d'hôpitaux à travers le monde, et que feront
les millions de médecins et personnels associés, infirmières, mais
aussi, de façon connexe, les industries spécialistes de la
construction de bâtiments de santé ?
Concrètement, quelles implications peut avoir cette théorie dans
notre quotidien ?
Laurent Alexandre : Dans la partie qui a déjà démontré sa véracité à
savoir la loi de Moore, on a observé un bouleversement de pans
entiers de l'économie. Internet, l'ordinateur individuel, le
smartphone, les réseaux sociaux sont des enfants de la loi de Moore.
Dans le domaine de la biologie, si les coûts continuent de
s'effondrer comme c'est le cas jusqu'à présent, notre capacité de
bricoler le vivant va être illimitée. Le champ des possibles va donc
exploser. Il sera alors envisageable de modifier notre ADN à un prix
raisonnable, de traiter beaucoup de maladies, d'augmenter l'espérance
de vie humaine, d'augmenter nos capacités, etc.
Dans l'hypothèse où les lois explosives de cette nature-là se
poursuivent, l'homme va avoir une capacité quasi-illimitée de
modifier sa propre nature et de modifier la matière physique. L'idée
des transhumanistes est que cette loi du retour accéléré va permettre
de tuer la mort, d'augmenter les capacités humaines en branchant de
l'intelligence artificielle sur le cerveau humain et donc de faire un
humain 2.0 pour reprendre le titre du livre de Kurzweil "L'humanité
2.0". L'objectif des transhumanistes est de surfer sur cette loi pour
changer l'homme et lui donner un pouvoir démiurgique.
L'immortalité ne serait plus un fantasme, la capacité d'augmenter le
fonctionnement de nos yeux, de notre cerveau, de nos muscles
deviendrait réalité. Et nos capacités intellectuelles grâce à
l'interfaçage entre notre cerveau et des microprocesseurs
deviendraient des millions de fois plus puissantes qu'aujourd'hui.
Tout ceci à l'horizon de la fin du siècle.
Le développement exponentiel du progrès technique va-t-il bouleverser
notre économie ? De quelle façon ?
Laurent Alexandre : A travers cette loi, on va assister à un
bouleversement de notre économie par le développement de
l'intelligence artificielle et de la fusion de l'intelligence
artificielle ave la robotique. Le marché du travail tel qu'on le
connait va être entièrement bouleversé. Comme le dit Larry Page, le
président de Google, 9 emplois sur 10 sont automatisables à
relativement brève échéance. L'arrivée de robots intelligents va
entrainer un bouleversement absolument gigantesque du marché du
travail d'ici 2050. Que l'on parle de chauffeurs de taxi avec les
voitures autonomes, que l'on parle de tous les métiers
automatisables, cela va entrainer des déplacements d'emplois
considérables et on ne sait pas encore quels sont les emplois qui
pourraient être créés.
Quand Bill Gates dit qu'en 2035 il n'y aura plus d'infirmières parce
qu'elles auront été remplacées par des automates c'est un risque à
prendre très au sérieux. Et nous ne savons absolument pas ce que l'on
va faire pour nous adapter à des technologies aussi explosives. Nous
n'avons pas le début du commencement d'un plan pour faire face au
tsunami technologique qui est en train d'arriver. Cela ne veut pas
dire que l'homme n'aura plus sa place dans cet univers, mais plutôt
qu'on ne sait pas quelle sera sa place. La multiplicité des chocs
technologiques sur si peu de décennies fait qu'aujourd'hui personne
n'est capable de prévoir ce que cela va entrainer et comment s'y
préparer.
On va donc assister à un bouleversement complet du monde du travail
et de ses hiérarchies et je n'exclus pas que cela entraine la mort de
l'argent. A partir du moment où l'intelligence artificielle est en
2045, si l'on en croit Ray Kurzweil, un milliard de fois plus
puissante que la réunion des 8 milliards de cerveaux d'êtres humains,
comment justifier des différences de revenus entre deux hommes ? La
différence d'intelligence entre deux individus étant devenue infime
comparée à la différence de capacité entre un cerveau humain et une
intelligence artificielle, plus rien ne justifiera des inégalités salariales.
Dans l'hypothèse où cette loi exponentielle durerait quelques
décennies, nous ne sommes pas face à un bouleversement économique,
mais bien un changement radical de civilisation. Tout ce qui a bâti
notre société depuis des millénaires est bousculé en 50 ans : la
mort, la façon de procréer, le travail, la hiérarchie entre les gens.
Tout sera bouleversé en très peu de temps.
Selon sa théorie, la courbe de la loi du retour accéléré atteindrait
un point dit de la "Singularité". A ce moment-là, l'intelligence
artificielle supplantera l'intelligence humaine. A quel moment cette
période pourrait-elle être atteinte ?
Laurent Alexandre : Pour les transhumanistes, selon la loi du retour
accéléré, apparait un moment vers 2045 où l'intelligence artificielle
se mettra à croitre de façon exponentielle. Et en quelques heures, en
quelques jours, en quelques semaines, l'intelligence artificielle
progressera des milliards de fois. En janvier 2046, les ordinateurs
arrivent à peine aux capacités d'un cerveau humain puis le dépassent
et devient un milliard de fois plus puissante que l'intelligence
humaine. La matière première de l'intelligence artificielle, le
silicium, est illimité alors que fabriquer un cerveau humain c'est
long et compliqué. Fabriquer un microprocesseur ce n'est pas si
compliqué. Donc l'intelligence artificielle peut croître extrêmement
vite. Et c'est le point que les transhumanistes appellent la
Singularité. C'est un moment où l'intelligence artificielle explose
en très peu de temps et bouleverse complètement la donne voire
marginalise l'humanité. D'où les craintes formulées par Bill Gates ou
encore l'astrophysicien Stephen Hawking ces derniers mois avec une
pétition sur l'encadrement de l'intelligence artificielle pour éviter
qu'elle devienne hostile et menace l'humanité. Il s'agit d'empêcher
des scénarios catastrophes à la Terminator.
Pour mieux appréhender ce risque, il faudrait qu'il y ait un débat
politique, une réflexion des scientifiques et de la société civile
sur l'encadrement de l'intelligence artificielle afin de définir une
position commune. L'un des dangers c'est que certains pays refusent
d'encadrer l'intelligence artificielle et qu'un Etat, la Chine par
exemple, décide de se servir de cette intelligence artificielle pour
devenir un leader militaire avec le risque cette technologie lui
échappe et se retourne contre l'humanité tout entière. Si l'on décide
d'empêcher une intelligence artificielle supérieure à l'intelligence
humaine, il faudra le faire partout et c'est très compliqué à mettre
en place. Bill Gates a dit cette très belle phrase il y a deux mois :
"Je ne comprends pas que les gens n'aient pas peur". En effet, les
inquiétudes sont nombreuses.
L'être humain ne risque-t-il pas d'avoir le vertige face à un progrès
de type exponentiel qui ne cesse de s'accélérer ?
Laurent Alexandre : Nous entrons dans une époque totalement
vertigineuse. Il est possible que l'humanité devienne nihiliste. Il
est possible qu'il y ait une guerre civile entre les transhumanistes
qui veulent l'émergence de ce monde totalement contrôlé par les
technologies et les bioconservateurs qui s'y opposent. Il est très
difficile de faire des scénarios à l'avance, mais le XXIème siècle ne
sera pas un long fleuve tranquille, car il n'est pas du tout certain
que l'on puisse contrôler des technologies aussi puissantes et explosives.
Read more at
http://www.atlantico.fr/decryptage/loi-retour-accelere-theorie-vertigineuse-futurologue-google-qui-jamais-eu-tort-2171512.html#4Ly30zoiYrMT6mP3.99
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Les "bioconservateurs" me paraissent être les architectoniciens qui
cherchent l'« agorèse » des émergences dans la simplicité de leurs
prémisses communes et de leurs lois, indépendantes de l'échelle
(définition de la fractalité au sein du chaos de l'Univers).
Une agorèse est ici à comprendre selon la métaphore de la synthèse
pour la logique. Ceci n'est pas facile ce qui explique
l'exponentialité de Kurzweil. La synthèse va être le raccourci d'un
arbre de décision, de sa conclusion et de ses ouvertures. Thèse,
antithèse, synthèse.
L'agorèse va simplement être de remplacer l'arbre de décisions, par
une forêt, un réseau de décisions. Si ce réseau est ouvert c'est la
complexité explorée. Ce qui est en dehors de la caverne de Platon.
Notre sortie (probablement partielle) de la caverne n'est pas un
changement mais une énorme obligation d'adaptation, sans doute une
accélération de l'évolution à laquelle nous avons à faire face, et
pour laquelle nous nous sommes construits l'aide des machines à «
penser », après nous être adjoints l'aide des machines à « faire ».
Les avions nous font aller bien plus vite que nos godasses. L'IA nous
fera penser des choses bien plus vite que nos neurones. Mais sans mes
godasses on ne m'accepte pas dans l'avion, sans mes neurones qui va
écrire le logiciel et le relationnel des machines ?
C'est pouquoi je préfère comprendre la singularité technologique
comme une singularité techno-logique. Nous n'allons pas avoir un
univers de machines, mais un univers plus approfondi dont la
complexité nécessite qu'une facilitation technique soit apportée à la
logique humaine. C'est cela le passage de la pensée de la méthode
logique du tiers exclu à celle de l'agorique
(Pouzin/Hardy-Drexler-Shapiro) aux tiers maillés et donc du couple
logiciels (au sein des agents insécables) / relationnels (les
protocoles interopérant ces insecables) au sein de la cérébrique des
discontinuités (mathématiques discretes) digitales (naturelle et
artifiielle) et de sa production (mentale et materielle) de ses
continuités apparentes numériques conduisant à celle des perceptions mentales.
Souvenons-nous : entre deux points d'Euclide il y a une infinité de
points (intellition), entre deux pixels de Jaquard il n'y a rien
(information).
Cordialement à tous.
Jfc
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