Cher CaféduCompère et CaféduCommères,

Myriam m'a envoyé un mail qui faisait que notre échange dépassait la taille limite autorisée. J'ai un peu travaillé dessus et j'y réponds dans le sens d'un projet qui peut devenir intéressant?


ce que tu proposes est un code annoté par des non-juristes ...

Ceci est ce dont François Pelligrini a l'habitude. Les contrats informatiques, où l'apparition et l'évolution de la technologie ajoute au champ d'application du droit : les acheteurs, vendeurs, utilisateurs doivent annoter le code juridique pour guider les juristes en raison du code source.

Ceci doit être vrai dans bien des domaines, disons chaque fois qu'un nouveau jargon apparait. Il existe des objets, des situations, des besoins et donc des lieux de loi où le langage commun (en françouais), qui de par Guillaume Poyet (Chancelier de François 1er) est la langue de la loi (par opposition aux langues et jargons de France qui sont les langues des gens), a besoin de mots exacts nouveaux qui s'accordent dans leur articulation appropriée en normes, règles, bonnes pratiques, accords, etc.


Les juristes ont l'habitude de travailler sur des codes annotés par des juristes. Ils résument la pensée juridique sur les articles (doctrine: opinion des juristes et jurisprudence: décisions des cours des juges.

Si l'on part de deux observations des usages de l'internet (c'est-à-dire l'entre-réseau) généralement acceptées :

- "le code fait loi" (Dr. Lessig) - entre les utilisateurs dont les capacités d'utilisation sont contraintes par le code. - "la loi influence le code" - entre les auteurs qui doivent développer un code dont l'utilisation ne devrait pas empêcher l'application de la loi.

On s'aperçoit que la progression est d'importance, car ce qui est considéré n'est plus attaché à une entité ayant une existence légale, mais à la relation entre plusieurs entités ayant une existence légale. Avec des considérations telles que (par exemple) :

- la relation peut être plus que binairement liée comme dans le contrat de mariage entre personnes. Nous passons à une relation à "n-corps" (mathématiquement insoluble, mais soumises à des attracteurs) - elle peut être inégale comme dans la propriété puisqu'elle inclut des objets pouvant être acquis, vendus, détruits, construits, associés, etc. librement. - ces éléments peuvent être physiques ou moraux et jouir d'une très grande autonomie. - les faits seuls ne comptent plus : les possibles (choix), le passé (mémoire), ce qui fait sens (intellition) comptent et leur valeur relative (probabilité) sont autant à prendre en compte de manière ordinaire. - les relations, la nature, les partenaires de ces relations peuvent totalement différer selon les niveaux auxquels on les considère. - les relations sont de plus en plus accomplies dans un contexte indépendant d'un contrat social souverain, ou soumis à plusieurs contrats sociaux (pseudo)souverains selon les niveaux. - les existences peuvent être éphémères et/ou conditionnées par les contrats dynamiques appelés protocoles qui les encadrent et les créent qui sont de droits divers locaux ou mondiaux, privés, publics, libres, normatifs, etc. - la circularité et la rétroactivité des effets et des causes est la norme : tout influence tout dans un espace à au moins sept dimensions : hauteur, longueur, largeur, temps, donnée (quantification de la forme), métadonnée (données sur les données), syllodonnées (données entre les données). - toute activité humaine est concernée : il y a donc nécessité d'une cohérence logique et technique à tous les niveaux.

etc.

A côté de ce que dit le texte de loi,

Le texte de la loi s'étend très simplement de fait à tout ce qui concerne tout.

C'est une définition simple de la complexité, c'est à dire du maillage des relations simples de tout avec tout. Et l'explication de ce que j'appelle l'agorique, c'est-à-dire le maillage de tous les sorites (les chemins de syllogismes qui conduisent des hypothèses aux conclusions et vont dynamiquement s'entremêler pour conduire d'une situation globale à l'émergence d'un autre équilibre global, etc.).


figure une foultitude d'indications sur comment le comprendre, voire comment on le comprend différemment aujourd'hui de ce qu'on le comprenais hier. Comme la pensée juridique est holistique et est une méta-pensée, chaque mot renvoie non seulement à ce qu'il signifie en fonction de la matière (un même mot peut avoir un sens dans le langage courant et un sens différent dans chaque matière juridique

Absolument. Et ceci réclame donc une harmonisation sémantique "en réseau", d'autant plus fine que ces compréhensions "qui font sens" sont de l'intellition qui va être exploitée, simulée, comparée, triturée informatiquement et non-plus entre un avocat et un procureur, mais (au sein de la datamasse) par une foultitude d'agents.

Les applications et implications pratiques des textes y figurent à travers les questions fondamentales que leur application a posées.

C'est la remontée vers ces questions fondamentales qui est passionnantes, car cela signifie que tout peut être recherche architectonique (compréhension et copie de la manière dont fonctionne la réalité).


Ce qui serait fabuleux, c'est de comparer la compréhension d'un texte de droit par un juriste et par un non juriste: souvent il n'y a pas de compréhension commune.

Absolument.

Mais aussi d'un protocole technique par un juriste. Quand il y a négociation protocolaire de bout en bout, le droit a beaucoup à apporter. Et dans la réalité de l'expérience quotidienne, le droit des contrats, du commerce, des ententes. Et vice-versa. Ce qui se passe est la mise en communication possible d'énormes réservoirs d'expérience humaine.


Dès lors se pose le problème de la complexité de ces textes, effectivement.

Attention ! au contraire : le problème est la complication des textes. Le risque en est posé par la transition vers la simplification (exemple un cas que nous connaissons), car elle doit rester cohérente et homogène. Que va-t-il se passer dans la pratique si un Juge se voit présenter la jurisprudence d'un protocole internet ou l'ébullition d'une machine à café ?


Pour moi, elle se résout essentiellement par l'apprentissage nécessaire de cette matière qui s'applique à nous tous, et dès les petites classes. Ce qui n'est pas encore fait. La question de l'interprétation des textes par des non-juristes risque de porter plus sur des projections et des doléances que sur de l'interprétation.

Pas forcément, c'est une culture de la mise en continuité du disparate. Cela devrait aider la compréhension croisée des choses et la musique du monde.


Derrière des mots du langage courant, se cachent 4 000 ans de discussions enseignées en qqs années, 210 ans de lecture, d'explications, d'ajouts de textes qui forment le socle commun d'apprentissage des juristes.

Idem pour les mécaniciens, les physiciens, les mathématiciens, les musiciens, les poètes, etc.


Finalement, les juristes sont programmés dans un langage qui n'a parfois rien à voir avec celui du non juriste, et pourtant composé des mêmes mots: comme dans le digital on peut utiliser plusieurs langages sont possibles empruntant les mêmes apparences (symboles d'un côté, mots de l'autre) et conduisant à des résultats différents voire opposés. Si on change le langage du juriste: si on lui enlève son côté méta-langage, ne perdra-t-il pas de son sens ? pourra-t-il encore s'appliquer ?

Ce serait un méta-langage imprécis et donc à améliorer ce dont le Droit a l'habitude par la Jurisprudence et le développeur par l'expérimentation et la validation.

Mais attention il ne faut pas confondre avec les variantes. Une même notion peut être légitimement véhiculée par des mots différents et apporter ainsi des éclairages contributifs.

Ce qu'il faut est la langue "mathématique" de Leibnitz. C'est l'obligation que nous avons dans un monde anthropobotique (homme + bots) d'avoir une langue commune qui va être le "mécafrançais".

Il ne s'agit pas d'en avoir peur - pour autant qu'elle garde sa faculté d'extension/adaptation. C'est l'emploi du mot juste aidé par dictionnaire (XVème) intégré. Par contre il faut une analyse plus fine des dimensions sémantiques que sont les concepts, et du positionnement géosémantique des mots et des notions qui en résultent, et du niveau d'incertitude permis dans le cadre des probabilités acceptées.

Souvenons-nous le principe de Mioara Mugur Schächter (je recherche le texte exact de ce fondement de la connaissance humaine) : toute connaissance humaine résulte d'expériences probabilistes décrites par des mots acquis à partir d'expériences probabilistes, etc. etc.

Il nous faut en fait comprendre la lexicologie comme un droit à l'expression des choses, une tenségrité (tension maillant des contraintes) de polynymes (des synonymes stricts à travers les langues et jargons) codables peut-être une approche de ce qu'est la pensée comme une application qui se tient.


Ne vaudrait-il pas mieux apprendre à tout le monde à l'utiliser, à coder, quelque part ?

C'est très exactement le but de l'énonciation que de coder ses idées en informations utiles, de la communication de le faire pour une meilleure réception par le destinataire dans le contexte ambiant, et de l'intellition de permettre la réduction maximale de l'information transmise sans réduire l'information intelligemment acquise par inférences. Le reste (mathématique, langues naturelles, langages informatiques, etc.) n'est que détail propre à chacun.


Ton initiative qui vise à amener le non-juriste à s'emparer du Droit est passionnante, pcq 'être acteur de sa vie, c'est pouvoir faire des choix conscients et libres, donc dans un monde complexe, entre autre, comprendre les comportements permis, interdits et dangereux et leur conséquences et savoir ce que l'on peut ou doit faire ne pas faire ou donner. C'est un chemin intéressant, mais qui selon moi va générer beaucoup plus de complexité que l'état actuel de la matière: le Droit ne supporte pas la rumeur, les conclusions erronées (selon son système de pensée) à partir des postulats justes.

Disons - techniquement - que le but de tout processus intellectuel humain est de réduire le bruit (entropie) et que la capacité d'organisation intelligente est capable de le filtrer et de générer de la néguentropie (et donc de corriger la chute de l'univers vers son destin d'entropie infinie).

Une connaissance partielle du système de pensée juridique amène à des conclusions erronées qui souvent se transforment en rumeur à la peau dure et entravent l'action des individus qui sont néophytes.

Oui. Mais de la même façon qu'une connaissance partielle du DNS et du fonctionnement de l'internet amène à des conclusions erronées qui se transforment en une désinformation à la peau dure qui permet la colonisation du monde par le mensonge américain (exemple : les treize serveurs centraux de l'unique fichier racine autoritatif, alors qu'il y a actuellement des centaines de serveurs racine pour le seul fichier ICANN/NTIA et des centaines de fichiers centraux privés et le support existant dans toutes les machines internet d'une infinité de fichiers centraux autorititatifs).


Dès lors cela va aggraver l'insécurité juridique: les gens vont se parler sans se comprendre, signer des contrats en croyant s'être compris, se mettre en colère pcq'ils ne reçoivent pas ce qu'ils attendent et donc faire un procès à leur co-contractant.

N'est-ce pas déjà le cas. Le Juge pourra leur dire qu'ils auraient pu modéliser. Et puis le Juge pourra modéliser les conflits, les faire résoudre par son ordinateur et utiliser cette résolution pour appliquer son jugement intelligent sans avoir à perdre son temps dans les détails/


Pour le spécialiste du Droit, par contre, le travail fait par la communauté sera un indicateur performant: - permettant une veille opérationnelle (qu'est-ce qui aujourd'hui intéresse le citoyen ?)

Oui. Par exemple, il existe quelque part un site qui veille aux conditions de vente des sites internet et signale leurs modifications.

Si tu regardes bien le Libre, ce sont des environnements juridiques complets (licences) répondant à ce qui intéresse le citoyen ... et ses machines.


- permettant une optimisation de la structuration de sa pensée ...

De sa et de la pensée générale. C'est ce que j'appelle le noogitiel, le brainware. L'utiliser ensemble du logiciel en réseau quelque soit le logiciel.



Analyse de situation

De manière concrète, il me paraît que cette approche que tu soulignes correspond à un besoin fondamental humain de mise en cohérence de l'ensemble des contraintes et des droits qui le concernent et ses biens, devenus interconnectés.

D'où vient cette attente ? Elle me parait venir de la mise en relation des gens à un niveau interpersonnel d'une granularité intellectuelle à l'image des atomes de Démocrite qui ont droit de cité dans nos universités depuis moins de cent ans.

Dans cette perspective nous sommes confrontés à une granularité noémique et quantique fondamentale qui fait qu'au lieu de considérer les éléments uniquement en continuité de séquences, nous avons à les considérer aussi en discontinuités multiséquensables (dans de multiples directions). C'est la définition du «puzzle» de la digitalité (les doigts séparés) par rapport au numérique (il y a toujours une décimale de plus après la virgule). Les empreintes digitales par rapport à la trajectoire de la balle pour faire polard.

Une exploration architectonique où le droit né de l'expérience plurimillénaire et de l'observation architecturale de celle de l'internet plurimilliardaire en utilisateurs me parait donc intéressante, où le logiciel des programmes puisse s'interinfluencer avec celui des lois de l'homme et de la nature me paraît bougrement intéressante et j'aimerais bien l'aide de juristes pour discuter des principes de robustesse (RFC 1122), de changement permanent (RFC 1958), de simplicité (RFC 3439), etc.


Un laboratoire Libre sur le sujet

Je te propose donc, ainsi qu'à tous ceux qui sont intéressés, la mise en place du site http://digilexi.org pour un laboratoire Libre sur ces sujets et peut-être la tenue d'une conférence annuelle sur ces thèmes et - pourquoi pas - le développement d'un Droit Libre qui puisse répondre aux attentes de la multitude (cf Machiavel, Spinoza, etc.), c'est à dire des "sans contrat social souverain", ce que nous sommes singulièrement tous dans le contexte de l'internet.

L'idée est de travailler sur un site wiki, supporté par une liste de discussion (bouleutêrion) dont pourront se coopter des contributeurs (comme pour Wikipedia, sauf que l'invention intelligente sera acceptée et pas seulement la documentation du «déjà publié»).

jfc



  
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