Parlons un peu de digitalité.

De quoi s'agit-il ? De quelque chose de très simple à comprendre. Sur sa route millénaire, l'humanité a atteint un col d'où elle voit mieux le paysage et la vallée nouvelle qui s'ouvre a elle. On appelle paradigme la description de sa connaissance commune. A partir de là elle en comprend mieux l'architectonique, c'est-à-dire la nature réelle, du monde où elle vit.

Les grands cols déjà passés s'appelaient les outils, le langage, l'écriture, le syllogisme d'Aristote. Ce col-ci est celui de la digitalité. Après des échappés tels que Démocrite, Leibnitz, Basile Bouchon, Jacquard, le premier peloton emmené par Poincaré en a abordé la montée à la fin du XIXe. Nous en sommes au peloton de l'internet, et peu à peu suit le reste de la multitude humaine.

Qu'est-ce que passer ce col nous a fait découvrir ? Essentiellement une meilleure vue sur la granularité de la réalité : nous avons accepté la réalité atomique, cela nous plait et nous la mettons à toutes les sauces. Y compris à celle de l'informatique, des nanotechnologies et du syllogisme. Et c'est là que le bât blesse.

C'est là que le bât blesse car cela remet en cause tout notre paradigme architectonique de l'univers, cet à dire 2300 ans de compréhension commune des choses où l'effet résultait logiquement de la cause selon la dialectique bien connue des deux prémisses pour une conclusion, la dialectique de la thèse, antithèse, synthèse.

- Au ras des paquerettes du nouveau col nous avons d'abord considéré la racine du syllogisme, là où l'effet interagit avec la cause : la cybernétique de la rétroaction vient de la monolectique d'une cause qui devient (action réaction) l'effet qui redevient la cause.

- Ensuite, en levant les yeux sur la vallée qui s'ouvrait, nous avons vu un paysage où le syllogisme logique est généralisé à toute l'agora des causes et des effets qui en paraissent maillés entre eux.

Toute cause ne procède donc pas du tout (raison logique), totalement (rétroaction cybernétique) ou partiellement (réflexion agorique) de son effet. La raison logique conduit à la conclusion, la rétrocation cybernétique à l'auto-régulation, et la réflexion agorique à l'émergence auto-organisatrice ordinaire ou critique.

L'homme observe le phénomène cybernétique, entend les enchaînements logiques, est le seul capable d'altérer la dynamique agorique naturelle et historique par son influence sur les causes.

La levée de doute entre la vision d'Aristote et de Démocrite est la discrimination entre la continuité et la discontinuité. Il nous fallait des loupes pour discerner les petites discontinuités. Arrivés au col l'utilisation de jumelles pour considérer notre nouvelle terre promise nous a aidés à comprendre l'architectonique des échelles de l'univers. Ce fut la non-résolution du problème des n-corps apr Henri Poincaré (1889) : la logique Newtoniene ne permettait pas de calculer la position des planètes : de là nous n'avons fait qu'un saut au tournant du siècle à la physique quantique et à la relativité. L'onde et le corpuscule, la localité et la non-localité, la réalité et la virtualité nous ouvraient leurs portes.

Ce sont des choses que nous avons adorées. Pas seulement en raison de leur nouveauté, mais surtout en raison de leur naturalité. Depuis des siècles notre expérience de la discontinuité digitalité était bloquée par la continuité qui semblait s'imposer en dessous d'une certaine échelle et d'un certain niveau de raisonnement. Une image permet de le comprendre : entre deux chiffres il y a une infinité de nombres, entre deux points il y a une infinité de points; entre deux bits, entre deux pixels, il n'y a rien ... et cela marche ! Et si cela marche, c'est pour une raison simple : c'est que l'univers et notre cerveau sont à la fois numériques et digitaux ! (cf. de Broglie).

Alors, notre cerveau se rattrape ! Notre cérébrique personnelle est digitale à cœur. Elle nous imagine les continuités selon un procédé d'intellition, c'est-à-dire de mise en continuité de ce qui lui paraît faire sens.

Nous nous découvrons la face cachée de notre personnalité, l'une est notre continuité vitale, l'autre est l'entéléchie qui réunit, maintient et utilise toutes ses discontinuités. En faisant cela nous trouvons une solution mathématique très élégante pour nous affranchir de l'infiniment petit : au dessous des constantes de Plank et des mêmes … il n'a pas besoin d'exister. Nous le remplaçons par ce que nous appelons pour l'instant la probabilité dans nos calculs mathématiques. S'affranchir astucieusement d'un passage à l'infini d'appelle une renormalisation. Nous nous sommes offerts une renormalisation digitale et nous en profitons !

Bien sûr, il y en a qui en profitent pour nous offrir une crise monétaire, une colonisation numérico-digitale, une transhumanisation, etc. A cela nous avons trouvé le principe de la parade et nous l'avons inscrit dans notre constitution française :

· Nous avons tous droit à la santé, c'est-à-dire bien plus qu'à la non-maladie · Nous en sommes bien parvenu à un moment où nous pouvons jouer sur notre environnement et notre propre évolution · Il appartient à l'état de prendre ses précautions pour que tout cela ne nous affecte pas · En cela, chacun de ceux qui y comprennent et y peuvent quelque chose (chacun de nous a priori) est co-responsable à proportion de ses dégâts, de ses capacités et de ses biens.

Nous sommes prévenus.

Jusqu'à présent cela se jouait surtout au niveau de la guerre globale (et de la contre-guerre pour tenter de la prévenir) normative (l' « internationalization » des technologies selon les capacités, langues et choix [principalement US] de mon industrie).

Aujourd'hui la fragmentation reconnue de la technologie (position commune « OpenStand » : IEEE, IAB, IETF, ISOC, W3C, RIRs, ICANN, 22 aout 2012) et la division politique (WCIT : Dubai, 14 décembre 2012) conduisent à un rush pour dévaler la pente après le col. C'est maintenant que se positionnent les Etats, les entreprises, les pays, les cités, les gens pour l'arrivée à la prochaine étape. Il était nécessaire jusqu'à présent de mener une stratégie de grimpeur solitaire, il faut maintenant jouer une stratégie d'équipe.

L'équipe France me paraît encore peu organisée, c'est pour cela que je tente l'approche régionale pour être les locaux de l'étape.

A bon entendeur … Par Toutatis !

jfc

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