Une analyse intéressante qui montre le conflit de raisonnements ne
tenant pas compte de la digitalité de la multitude. Il semble que
l'opposition à la démocratie soit la mondialisation digitale par
l'élévation de la richesse moyenne qui la permet, et qu'elle permet
indirectement par l'absence de conflits destructeurs entre Etats
wesphaliens. Pour l'instant.
Que se passe-t-il lorsque le droit incertain d'une nation (US qui ne
parvient pas à assurer un service datacoms universel à sa nation) est
en passe de devenir le pouvoir dominant? L'auto-protection de la
richesse des riches ne devient-elle pas un élément de stabilité
societale face à une innovation trop forte? La maîtrise de sa
digitalité personnelle (face mécanique de la personnalité) n'est elle
pas une alternative à une survie par l'argent ?
Le pouvoir est la capacité de pouvoir organiser par la politique ou
par la force. N'est-il pas confronté à la réalité d'une digitalité
qu'il ne peut maîtriser que par l'intelligence ?
On n'a ni pétrôle, ni argent, mais on avait des idées ?
Est-ce là qu'il faut passer à la polycratie de la multitude que l'on
apprend avec le "retranchement du NTIA": la décision commune émergent
de l'ajustement dynamique des décisions individuelles ?
jfc
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Les riches ont-ils réussi à (r)acheter le pouvoir politirvque dans le monde ?
Le Prix Nobel d'économie Robert Solow a fait savoir sonne
analyse inquiétude sur la concentration des richesses aux
Etats-Unis. Un phénomène mondial qui pourrait selon lui affecter la
démocratie. L'argent est le coeur du problème et sa relation avec le pouvoir.
Démocratie en péril
Publié le 1 Juin 2014
Les riches ont-ils réussi à (r)acheter le pouvoir politique dans le monde ?
Dans un récent entretien accordé au think-tank Economic Policy
Institute, le prix Nobel d'économie Robert Solow s'est inquiété de la
concentration toujours plus grande de richesse aux Etats-Unis, allant
jusqu'à évoquer des dérives oligarchiques. Jusqu'à quel point le
développement d'une minorité de personnes extrêmement riches
peut-être amené à remettre en cause les équilibres démocratiques aujourd'hui ?
Jean-Louis Servan-Schreiber : Non, les riches n'achètent pas le
pouvoir. L'argent est le pouvoir. Depuis qu'il y a des états, les
trois sources de pouvoirs ont été la force, l'argent, et plus tard
les lois. Aujourd'hui, dans nos démocraties, la force s'efface devant
la loi et surtout l'argent. Ainsi, par exemple, le pouvoir de
remporter des élections, passe par les moyens de l'argent. Ce qui
s'est accentué récemment, c'est que l'exercice du pouvoir sans moyens
financiers est une forme d'impuissance. Quand les promesses
électorales ne peuvent être appliquées, ou quand la croissance ne
donne plus de "grain à moudre", le pouvoir exécutif montre son impuissance.
Le pouvoir mondial est désormais dominé par la finance. Comment le
congrès fait-il échec aux ambitions réformatrices d'Obama ? En
bloquant le budget ! Ce faisant, le président perd l'initiative. En
France, François Hollande n'a pas pu mettre en uvre les réformes
annoncées par manque de moyen. Il a voulu lever des impôts pour
redonner une marge de manuvre au gouvernement, mais cela ne l'a
rendu que plus impopulaire, tout en déstabilisant les perspectives de
croissance des entreprises.
Robert Solow a peut-être raison sur le long-terme, mais il ne nous
éclaire pas, sur ce qui se passe aujourd'hui. Ce qui crée de la
richesse, ce n'est pas le capital car les taux d'intérêts sont
historiquement très bas et beaucoup moins rémunérateurs que la
croissance par l'innovation, qui elle contribue sensiblement à la
richesse mondiale. La meilleure illustration de ce phénomène nous
apparaît quand on regarde l'évolution des pays émergeants et leurs
croissances à deux chiffres. Dire que dans les vingt ans à venir,
posséder du capital sera davantage rémunérateur n'est absolument pas
établi. Investir dans une entreprise reste ce qui est le plus risqué,
mais peut-être le plus rémunérateur.
William Genieys : Effectivement, en France comme aux Etats-Unis les
différentes recherches qui mesurent l'évolution des inégalités
soulignent tout de go que la crise de 2008 a conduit à un
accroissement des inégalités au profit des plus riches. Dit
autrement, les périodes de crises économiques, de surcroît quand
elles sont de nature financière, favorisent l'enrichissement des
"riches", qui à l'instar de Warren Buffet, s'en tirent largement à
leur avantage. A contrario, les "pauvres" sont doublement victimes de
la crise car non seulement ils se trouvent affectés par les
dysfonctionnements qui affectent le marché du travail, mais également
par la réduction de la voilure des systèmes de protection sociale en
période de crise liée à la baisse des entrées fiscales.
Par contre sur la base de ce constat difficilement discutable, se
sont développés deux types de thèses que l'on fait discuter ou encore
que l'on croise parfois habilement pour annoncer la fin du
capitalisme et de la démocratie. Il est nécessaire de revenir sur ces
liaisons intellectuelles qui peuvent être dangereuses voire
subversives quand elle font le jeu des populismes de tout ordre dont
le fond de commerce est la dénonciation des collusion intra-élitaires.
Je m'explique sur le premier type de thèse. La crise rend les riches
plus riches et l'argent lié au capital rapporte plus que celui qui
est gagné
Autrement dit ces périodes de crise favorisent les
'héritiers'. Notons tout d'abord sur ce point qu'un détour par
l'histoire ne conduit pas à retenir la relation causale établie entre
crise économique/politique et enrichissement des héritiers. N'en
déplaise à Tocqueville, les crises en générale et sur ce point Pareto
à raison, les révolutions en particulier ont à travers l'histoire
accéléré le phénomène de circulation et de rénovation de la structure
élitaire d'une société que le contraire. Qu'est ce qui aurait changé
au XXI siècle ? Pour certains économistes critiques, c'est la logique
d'accumulation du capital qui en raison des effets conjugués de la
financiarisation de l'économie et du 'retranchment' (recul) de l'Etat
depuis les différentes vagues néo-libérales, font que les 1% de
riches sont encore plus riche. Laissons aux économistes ce débat et à
eux d'apporter la preuve que cela relève plus un effet de structure
que de conjoncture. Par contre en profiter pour en déduire que l'on
assiste au retour d'une oligarchie voire une ploutocratie qui met en
péril le devenir même de notre pluralisme démocratique n 'est ni plus
ni moins que la réactivation d'une veille lune
Peut-on en conséquence aller jusqu'à dire que les milieux d'affaires
ont acheté le pouvoir politique aujourd'hui ? (et par quels moyens)
Jean-Louis Servan-Schreiber : La relation entre les pouvoirs
politiques et financiers a toujours été la norme des sociétés en
paix. Soit parce-que les riches se faisaient élire, plus couramment
parce qu'ils soutiennent les partis qui les défendent. Le fait d'être
financé par d'autres moyens que ceux qui, venu de la richesse ne se
produit que lorsque les cotisants, sont assez nombreux. Mais
syndicats et partis n'ont plus guère d'adhérents. Ou il faut avoir
recours aux financements publics. C'est la base du système français,
qui a ses défauts, mais moins que celui de dépendre des plus fortunés.
Le pouvoir et la richesse habitent la même maison depuis toujours. Si
l'on regarde avant la révolution française, la source du pouvoir
était divine, on était "monarque de droit divin". C'était pratique,
ça récusait toute contestation. En échange l'Église soutenait le
pouvoir temporel.
Quant à la richesse, elle découlait de la possession de la terre. On
ne pouvait pas réellement parler de croissance car elle n'existait
pas à cette époque préindustrielle. Les années de bonne récolte
enrichissaient seigneurs et paysans, qui redevenaient pauvres
lorsqu'elles étaient mauvaises. Les privilégiés propriétaires de la
terre levaient l'impôt. Mais au XVIIIe siècle, les intellectuels ont
considéré que ces inégalités étaient intolérables et ont inventé un
système plus juste.
En parallèle et à peu près à la même période, l'avènement de la
science et de l'industrie ont été à l'origine d'une première
révolution industrielle. La richesse n'était plus issue d'un droit de
collecte mais de l'invention, de la construction et du travail. Le
XIXème siècle a donné, graduellement la parole aux électeurs et la
classe ouvrière est apparue. Cette dernière a contesté les inégalités
de richesse qu'on leur avait dit abolies par la Révolution.
Finalement, dans nos démocraties les riches ont maintenu leur pouvoir
en faisant des concessions. Pour la première fois de l'histoire, les
puissants ont mis la main à la poche au profit du peuple. L'impôt sur
le revenu est apparu au début du XXème siècle, lequel n'était alors
que de 2 ou 3%, mais l'engrenage était en place.
William Genieys : Le rappel de la Rome impériale est justement un bon
exemple car si la problématique de la collusion entre la richesse et
le pouvoir politique renvoyait à la forme ploutocratique et
oligarchique, aujourd'hui les conditions de son passé ne sont pas
établies. Pourtant, la thèse soutenu par Winter et Page (2009, 2011),
sociologues étasuniens spécialisés sur les inégalités, essaient de
montrer que les supers riches dans la société américaine sont dotés
de tant de ressources qu'ils sont capables de gouverner directement
ou indirectement les gouvernements démocratiques. Pour ces chercheurs
le fait que ces derniers soient propriétaires de nombreux médias
influents, qu'ils financent également fortement les candidats et les
partis aux élections, les autorisent à détourner le bon
fonctionnement de la démocratie en étant capable de faire prévaloir
leurs intérêts particuliers (et souvent financiers) sur l'intérêt
public. Le problème de cette thèse de la formation de nouvelles
oligarchies gouvernantes, est qu'elle se confond avec celle de
Charles Wright Mills sur l'Elite du pouvoir (ie le gouvernement d'une
élite unifiée comprenant les patrons de l'industrie militaire et
économique) développée dans les années soixante, mais surtout qu'elle
repose sur les mêmes biais.
En effet, l'idée est de déduire de l'inégalité dans la distribution
des richesses une inégalité dans la distribution des ressources
politiques et du pouvoir. Autrement dit, comme les riches sont plus
riches, ils tirent de cette richesse une capacité d'influence
politique sans commune mesure. L'étude empirique de la réalité du
processus démocratique de gouvernement aujourd'hui pas plus qu'hier
montre qu'aucun groupe n'est en mesure d'imposer de façon répétée le
pouvoir de ses intérêts. Si l'on prend l'exemple américain et le
mouvement des Tea Party abondamment financé par les frères Kohc et
d'autres très riches on voit bien que leurs velléités de produire un
shutdown du gouvernement s'arrêtent à partir du moment ou d'autres
intérêts capitalistiques ou non, priment dans le défense de
l'expression du pluralisme démocratique. On pourrait trouver de
nombreux exemples qui montrent qu'un gouvernement omnipotent des
riches est plus une vue de l'esprit qu'une réalité concrête.
Le pouvoir et la richesse se sont toujours plus ou moins servis pour
se consolider mutuellement dans l'histoire des sociétés développées.
Est-ce que cette relation s'est atténuée avec l'avènement des
démocraties, ou s'est-elle au contraire intensifiée ?
Jean-Louis Servan-Schreiber : La question est : où vont les meilleurs
de chaque génération ? Après la guerre, les meilleurs étaient attirés
par soit le pouvoir politique soit la fonction publique, ce qui a
permis d'organiser et d'administrer notre pays avec solidité.
Aujourd'hui, les meilleurs vont dans la finance puisqu'elle est plus
rémunératrice et confère le vrai pouvoir.
William Genieys : Sur la question de savoir si les élites sont
aujourd'hui plus attirées par le pouvoir de l'argent que par le
passé, cela dépend bien entendu des sociétés que l'on prend en
considération. Le cas de la France de ce point de vue est
certainement singulier. En effet, la France des Trente Glorieuse a
privilégié longtemps l'imagerie des grands hommes d'Etat, ces
technocrates et ces hauts fonctionnaires voués à la défense d'un Etat
fort et de l'intérêt général au détriment des "gros", les riches dont
l'image sociale était plutôt négative. Mais peut être que cela était
une image déformée de la réalité sociale et économique dans la mesure
où beaucoup de nos capitaines d'industrie s'affirmaient d'abord dans
nos 'grands corps d'Etat' après avoir été formés dans les grandes
écoles avant de prendre en main les fleurons de notre économie. Mais
il est vrai que l'image sociale qui ressortait était celle d'une
"noblesse d'Etat" dont le service du public était toujours valorisé.
Depuis les années 1980, avec le développement des thèses
néo-libérales et la transformation progressive du rôle de l'Etat dans
l'économie, c'est tout l'édifice qui a changé d'image. Dans un même
temps, la figure du technocrate s'est effacée au profit de nouveau
type de patrons managériaux qui se rapprochent dans la réalité des
standards anglo-saxons. Le problème c'est que la question du rapport
à la mise en scène de la richesse et du pouvoir en France n'a pas
évolué. Par conséquent, aujourd'hui, nos élites économiques et
entrepreneuriales sont dotées d'une image sociale confondante en
raison d'un difficile amalgame entre deux types de légitimité qui
historiquement s'excluaient.
Contrairement aux usages américains, les partis politiques français
n'ont pas à divulguer la liste de leurs donateurs, même pour des
montant élevés. Y-aurait-il un tabou en France concernant la cloison
qu'on sait poreuse entre l'argent et la sphère politique ? Peut-il
s'expliquer par des raisons historiques ? (scandale des fournisseurs
sous la révolution, scandale du Panama sous la IIIe république)
Jean-Louis Servan-Schreiber : Aujourd'hui, les partis et les
syndicats sont pauvres. En France les plus grands partis disposent de
20 à 30 millions d'euros pour faire une campagne électorale. Alors
qu'elle est de l'ordre du milliard chez nos voisins outre-Atlantique.
Chaque Français ne peut contribuer à soutenir le candidat de son
choix qu'à hauteur de 7.500 euros, alors qu'aux Etats-Unis les
donations peuvent atteindre plusieurs millions de dollars. Ce qui est
un gâchis. Le système français n'a rien d'excessif. Je vois plutôt
l'anonymat des contributions en France comme une liberté, il est
légitime de préférer que ses sensibilités politiques soient confidentielles.
Pourtant, il est vrai que la paupérisation de la vie politique tend
inévitablement à créer une zone grise où l'on triche avec la loi. On
le voit avec les scandales actuels, qui mettent en cause les plus
grands partis.
William Genieys : Il est certains que le rapport entre la classe
politique française dans son ensemble et l'argent n'est pas aussi
transparent que dans les démocraties anglo-protestantes. Et même si
depuis la Troisième République, les forces républicaines ont
prétendue rompre avec l'héritage du bonapartisme, il est assez
évident que la corruption tout comme les 'affaires' n'ont pas été
éradiquées par le nouveau régime. Bien au contraire, à son tour la
tradition républicaine malgré une invitation répétée au dépassement
de toutes collusions avec les intérêts financiers a partiellement
échoué. L'exemple du financement 'occulte' des partis politiques de
'françafrique' à Bygmalion montre bien que des efforts reste à faire.
Mais je pense ici que c'est tout le rapport à l'argent assez négatif
de la tradition républicaine qui doit être revu, notamment la
recherche d'un égalitarisme de façade que la plus part des acteurs du
jeu politique essayent de contourner en s'affranchissant de la légalité.
Toujours dans le cas français, François Hollande a récemment consacré
le rapport exécutif avec les entreprises dans sa conférence de presse
du 14 janvier. Quelles emprises ces dernières peuvent-elles avoir sur
l'exécutif ?
Jean-Louis Servan-Schreiber : On constate ici l'évidence ! La source
de création de richesse et d'emplois vient du privé, de la croissance
des entreprises. François Hollande s'est retrouvé contraint de
reconnaître cette implacable situation de fait. Les entreprises se
passent de l'Etat pour prendre des décisions car elles sont soumises
au droit privé, et l'Etat ne peut intervenir que par la négociation.
Les privatisations l'ont privée de ce pouvoir sur les entreprises. Le
pouvoir régalien est réduit à une peau de chagrin.
Il semble pourtant difficile de séparer les milieux économiques et
financiers. Comment s'assurer que l'interaction entre ces deux formes
de pouvoirs puisse être la plus saine possible ?
Jean-Louis Servan-Schreiber : C'est très mal perçu de la part des
électeurs, car la classe politique lui a fait croire qu'elle avait
les pleins pouvoirs, qu'elle était indépendante et toute puissante,
alors qu'elle n'avait pas les moyens de ce rêve. Le réalisme oblige à
constater que c'est parti pour durer.
William Genieys : La publicité des relations serait certainement une
bonne chose. Les interactions entre les élus et le monde de
l'entreprise existent forcement. Néanmoins, elles sont posées comme
des relations biaisées par la concussion des intérêts entre deux
secteurs, l'économie et la politique qui sont présentés comme
antinomiques. La responsabilité est à chercher des deux côtés, avec
des organisations patronales et syndicales souvent faiblement
responsables fassent à la définition de l'action publique et des
élites politiques toujours empêtrées dans un imaginaire colbertiste
désuet. Par ailleurs, ce serait peut-être bien que l'on retrouve au
sein de la classe politique beaucoup de représentants du monde de
l'entreprise. Oui, contrairement au thèse bien pensante dénonçant le
détournement de la démocratie par les super riches, nous gagnerions à
avoir beaucoup d'entrepreneur et de businessmen dans nos Parlement et
Gouvernement.
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